Diptyque 7, l’histoire de la photo de Lorent par Labosonic

 

« Une non-fiction emprunte de souvenirs personnels, en hommage à mon grand-père. »

J’ai débarqué dans ce petit village il y a vingt ans.
Mes grand-parents y louaient une petite maison dans laquelle ils se réfugiaient chaque weekend et vacance. Je les y rejoignais tous les étés.

Il y avait un petit jardin potager, un poulailler, des prés, et des voisins charmants.

Avec mon grand-père, je mettais les petites graines de haricot dans les trous qu’il faisait dans la terre. Ou je lui passais les outils lorsqu’il fabriquait des cadres pour des tableaux ou des miroirs.

Avec ma grand-mère, j’allais chercher des œufs frais sous les poules et caresser les dizaines de poussins piaillant comme si j’étais un renard.

Parfois on allait chez Tata, qui avait une grande maison avec pleins de jouets. Quand elle préparait le repas, elle allumait la radio et moi je chantais à tue-tête en virevoltant dans toutes les pièces.
En face de chez elle, il y avait une très vieille dame qui avait un grand jardin avec une tortue aussi vieille qu’elle et qui s’appelait Charlotte.

Mon jour préféré était celui où on allait au marché. J’étais alors la reine car c’était moi qui choisissait ce que l’on allait manger. Je ne faisais jamais de caprice, on me disait toujours oui.
Ensuite, ma grand-mère rentrait préparer toutes ces bonnes choses pendant que j’accompagnais mon grand-père au bureau de tabac. Il faisait le plein de Gauloises brunes pendant que j’écrivais à ma mère une carte postale avant d’y coller mon joli timbre d’un grand coup de langue.

L’après-midi, pendant qu’il faisait sa sieste, ma grand-mère m’apprenait à tricoter. Je m’asseyais à coté d’elle à l’ombre du prunier, dans ma mini-chaise longue, avec ma mini-pelote et mes mini-aiguilles. Au bout d’une heure, j’étais très fière de lui montrer l’ébauche d’un mini-pull en laine orange fluo. Et elle éclatait de rire. A ce moment-là, mon grand-père apparaissait sur le perron, les cheveux en vrac et une tasse de café à la main, nous regardant avec son air faussement bourru que l’on savait bienveillant.

C’était le bon vieux temps…