Diptyque 8 – L’histoire de la photo de JC Filizola par Flo

 

Une participation tardive mais très amusante.

 

Dans le bureau enfumé, la lumière avait des reflets sinistres. Les visages accusaient les traces d’une nuit sans sommeil. Un voile de fumée meublait les deux tiers de l’atmosphère. José se tortillait sur sa chaise, inconfortable. Son besoin d’uriner emplissait totalement son esprit et il avait de plus en plus de difficulté à réfléchir aux questions incessantes que les trois hommes lui posaient. Il répondait machinalement, répétant inlassablement les mêmes réponses.

– À quelle heure êtes-vous rentré ?
– Je vous l’ai déjà dit, vers 14h00
– Et qui était là ?
– Marcello, Antonio et Roberto.
– Ils nient vous avoir vu ce soir-là.
– Ils doivent confondre, j’étais là.
– La voiture noire était déjà là?
– Oui, je crois…
– Vous n’êtes pas certain ?
– Je crois que c’était cette voiture. Je ne sais plus.
– Vous ne pouvez pas nier la photo !

José sentait la pression l’opprimer. Sa vessie le torturait, au bord de l’explosion. Il croisa ses mains et les glissa entre ses jambes, pour tenter de se contrôler. Esquivant un sourire, l’homme assis au bureau s’empara de la carafe d’eau et la pencha pour permettre au liquide de s’écouler dans le verre en un bruit très caractéristique.

– C’est bien vous, sur la photo ?
– Oui, non, je ne sais plus !
– Vous vous êtes bien arrêté quelques secondes pour vous recoiffer ?
– Écoutez c’était il y a dix ans. On ne se souvient plus, forcément, au bout de tout ce temps…
– Vous vous rappelez avoir été là, vers 14 heures, avoir vu Marcello, Antonio et Roberto, vous avez remarqué une voiture noire, mais vous refusez de vous reconnaître sur cette photo ?
– Ça pourrait être n’importe qui… »

Obnubilé par son idée fixe, José se dandinait de plus en plus sur sa chaise. Incapable de se concentrer, il tentait de suivre la conversation et de répondre, mais ses fonctions intellectuelles semblaient totalement absorber son besoin urgent.

– Ce n’est pas n’importe qui, l’homme sur la photo qui se recoiffe, c’est vous…
– Oui, oui, oui… je l’admets, bon !
– Bien voilà, on devient raisonnable !
– Je peux partir maintenant ?
– Bien sûr, dès que nous aurons établi le procès-verbal de votre déclaration, où vous reconnaissez avoir égratigné la voiture de notre président avec un peigne en plastique…