Diptyque 4.3. L’histoire de la photo de Michel Clair par Samantdi

 

(Où l’on retrouve Bernadette Lavoisier, qui, après avoir essayé de se débarrasser d’un SDF, revient à de meilleurs sentiments et tombe amoureuse de Rond de Serviette.)

Bernadette avait toujours aimé les tissus synthétiques, la rayonne et le nylon aux couleurs vives, le polyester et la viscose au tomber impeccable, même sans repassage. Elle en avait soupé, des matériaux bruts, dans son enfance corrézienne ; le lin rêche qui frottait la peau, le coton épais des culottes…

Bruneau de Lalande lui avait fait connaître la douceur des draps de soie. Elle se souvenait de son ravissement quand elle avait foulé l’épaisse moquette blanche de son appartement. Les baies vitrées donnaient sur la Seine. Dans la chambre, elle avait su masquer sa surprise en découvrant des draps noirs.

Cela aurait dû lui mettre la puce à l’oreille.

Des draps noirs pour une oie blanche.

Pendant des années, elle avait passé quelques heures par semaine dans cette chambre. Lui prenait des photos, s’extasiait de la netteté des contrastes entre le plissé du drap noir et la fermeté de sa cuisse blanche. « Tu es si fraîche, Berny, disait-il. Tu as les chairs d’une paysanne et la conversation d’une aristocrate, ce mélange me fait bander. »

Longtemps, elle avait cru que c’était un compliment.

Il l’avait quittée pour une Marie-Pervenche.
Bernadette avait alors songé à introduire une touche de couleur dans le tableau.

Deux trous rouges au côté droit auraient fait l’affaire.

A l’idée de finir sa vie enfermée dans une petite cellule avec des codétenues fans de Céline Dion, elle renonça au meurtre et adopta un chat. Maître Pancrasse adorait se lécher le derrière avec application.

Le greffier valait mieux que l’avocat.