Diptyque 2.1. l’histoire de la photo d’Alain Bachellier, par Shaggoo.

 

Joli retournement de situation. Imaginer la suite pourrait être intéressant.

 

Tu lui diras calmement, simplement.

« Patrick, je… j’ai pris la décision de m’en aller. »

Je crois que c’est la bonne formule, la bonne intonation. Oui. Affirmer une décision, ma décision, qui est déjà prise, réfléchie et sur laquelle je ne reviendrai pas. « De m’en aller, de m’en aller… » Cela donne l’impression que je pourrais revenir, non ?!

« Patrick, j’ai pris la décision de te quitter. Je ne reviendrai pas. »

C’est mieux. Mais cette coupure, cet espace entre les deux phrases… Une brèche, un répit facile dans lesquels vont s’engouffrer, pêle-mêle, toutes ses questions : « Comment ça tu me quittes ? Mais qu’est-ce qui t’arrive ma chérie ? Il s’est passé quelque chose ? Mais dis-moi… » Affronter son regard affolé, ses mimiques incrédules ou bien son calme, je me demande ce qui sera le pire.

Et s’il était violent ? S’il m’empêchait de sortir ? S’il me retenait en otage ? Heureusement, j’ai prévenu maman. Mais tu es folle de penser à tout ça ! Patrick n’est pas un monstre, tout de même. Au contraire, c’est un garçon intelligent et qui comprendra avec réalisme et sang froid la situation. Il faut la jouer adulte, en fille responsable qui a décidé d’assumer l’échec de son couple.

« Patrick tu peux venir me voir s’il te plait: je voudrais te dire quelque chose… »

Écrire une lettre. C’est peut-être encore ce qu’il y a de mieux à faire. Au moins je pourrais prendre le temps de peser mes mots. Mon Dieu ! Que j’aimerais être à demain, déjà. Quelle heure est-il ? Bon. Il ne devrait plus tarder à arriver maintenant…

La sonnerie du téléphone.

« Anita, c’est Patrick. Non, non, je ne suis pas au bureau… Voilà, je voudrais te dire quelque chose… »