Diptyque 2.1. l’histoire de la photo d’Alain Bachellier, par Samantdi.
Ou l’histoire d’une brebis lâchée au milieu des grands fauves…
Chaque année, 275 000 profs consultent un médecin «suite à un accident ou à des lésions physiques ou psychiques survenues dans le cadre de leur travail», selon une enquête de la MGEN (Mutuelle générale de l’Education nationale). (…) Près de six profs sur dix se plaignent d’«épuisement physique ou nerveux» qu’ils mettent en rapport avec leur métier. (Source : Libération)
Cela fait trois mois que je suis dans cette maison de repos. Le psychologue m’a convoquée et j’attends. Aujourd’hui, nous devons parler de ma reconversion : je n’enseignerai plus. Le soulagement l’emporte sur la tristesse.
Comment en suis-je arrivée là, à 26 ans, après seulement trois ans d’enseignement ?
Reçue cinquième à l’agrégation de Lettres Modernes, après un parcours plus qu’honorable, mon avenir s’annonçait prometteur.
J’avais une haute idée de ma mission : je voulais transmettre le savoir, faire sortir ces jeunes de l’ignorance, leur donner le goût de la littérature.
Ils n’ont pas voulu de moi.
Ils me regardaient avec leurs gros yeux vides, mâchoires crispées sur leurs chewing-gums, s’interpellant d’un bout à l’autre de la classe.
Ce bruit, c’est le bruit qui m’a fait craquer.
Les cavalcades dans les couloirs, le roulis de la cour de récréation, le foulement pachydermique des escaliers, les rires aigus des filles, les cris des garçons, le grincement des chaises sur le carrelage, les bousculades vers la porte à la sonnerie.
La sonnerie. Un coup pour rentrer et ensuite, regarder discrètement la montre pendant les cinquante minutes à tenir. Attendre le retour libérateur de la sirène.
Le bruit et la fureur. Leur fureur face aux textes inintelligibles, aux mots perdus. La violence des feuilles froissées à peine distribuées. Ne pas tourner le dos pour écrire au tableau.
Voir Aube de Rimbaud, plié en avion, voler à travers la classe sous les rires gras. Entendre leurs commentaires : « T’as vu son cul ? » « Je parie qu’elle est encore pucelle ! »
Monsieur le Principal trouvait que je manquais d’autorité. Ou de souplesse. Enfin, d’adaptabilité. Il me disait : « N’oubliez pas que l’intelligence, c’est de savoir s’adapter. »
Il faut croire que je suis trop bête pour enseigner.
1. Le mercredi 26 avril 2006, 18:30 par samantdi
Akynou, il y a une faute dans le titre : « reconverSion », peux-tu corriger s’il te plaît ?
2. Le mercredi 26 avril 2006, 20:32 par akynou/racontars
Oui madame, tout de suite 
3. Le vendredi 28 avril 2006, 23:57 par samantdi
Il n’aurait plus manqué que cette malheureuse prof ait, en plus, perdu son orthographe !
(c’est bien, ma petite, je lève ta punition 
4. Le samedi 27 mai 2006, 01:23 par Gwen
Merci,
depuis 6 ans je suis professeur des écoles, et je souffre de plus en plus de mes classes. De ne pas m’adapter à des comportements que j’estime « asociaux », et hors des apprentissages.
J’envisage maintenant de quitter l’enseignement, mais que faire?
Merci pour ton témoignage, je comprends que je ne suis pas seule à « frôler » la crise de nerfs. (en réalité il m’arrive de l’atteindre)
5. Le mercredi 31 mai 2006, 15:57 par stella
……et que faire ensuite? quand on décide que ce n’est plus pour nous tout ça ?
Je suis prof depuis 2 ans et je me pose de grosses questions. Comment se reconvertir?
6. Le mercredi 31 mai 2006, 23:03 par samantdi pour Gwen et Stella
Gwenn et Stella, si vous repassez par là et lisez ma réponse, je vous conseille de prendre rendez-vous avec l’assistante sociale du rectorat de votre Académie. il y en a une chargée de suivre le personnel. Expliquez-lui vos difficultés et demandez-lui quelles sont les solutions qu’elle préconise.
Vous pouvez aussi, pour vous donner du courage, lire le journal en ligne d’une diariste, Eva, qui raconte (entre autres choses) comment elle a quitté son travail de professeur pour un autre milieu professionnel. Et elle y est arrivée !
regardsolitaires.free.fr/
Bon courage, je suis sûre que vous allez trouver la bonne solution, c’est-à-dire celle qui vous convient, à vous…
7. Le lundi 4 septembre 2006, 11:28 par Baby
Mon dieu,que de »talents » ,de vocations et de rêves gâchés!Mais que fait donc l’éducation nationale?!!Je te comprends tout à fait AKynou…Professeur d’anglais certifiée,je suis suivie par un psychiatre depuis maintenant trois ans,soit à peine un an aprés mon entrée dans l’enseignement.La violence sous toutes ses formes ainsi que la remise en cause de mes compétences de pédagogue ,plutôt que celle de tout un système me sont devenues intolérables…
8. Le lundi 4 septembre 2006, 11:41 par Akynou/racontars
Baby : Je ne suis pas l’auteur du texte. L’auteur est indiqué dans le chapeau ainsi que son blog. Ce texte est ici parce qu’il participe à un jeu littéraire qui consiste à écrire un texte à partir d’une photo qui figure elle aussi sur ce post. La photo a inspiré à Samantdi ce texte aux accents criant de vérité car de nombreux enseignants s’y retrouvent. Je vous propose de vous rendre sur son blog pour lui dire ce que vous venez d’écrire ici.
