Diptyque 4.2. L’histoire de la photo de Ali Baba parSamantdi

 

J’ai décidé de vous conter une nouvelle tranche de la vie palpitante de mon héroïne Bernadette Lavoisier et de son chat Maître Pancrasse.)

Bernadette Lavoisier attribuait son célibat à divers facteurs scientifiques, comme la longueur de ses pieds (elle chaussait du 44), sa propension à s’endormir au cinéma ou le fait d’être née entre Uzerche et Limoges.

Elle pensait cependant qu’il devait bien se trouver un honorable retraité avec lequel elle pourrait gentiment finir ses jours. Afin de rencontrer cette aiguille perdue dans une botte de foin, elle s’était inscrite sur un site de rencontres.

Après avoir longuement hésité, elle avait opté pour un pseudonyme qui, lui semblait-il, résumait assez bien sa personnalité : Automne Gourmand.

Le premier à se manifester fut un certain Rond de Serviette qui lui proposa de faire connaissance autour d’une bonne table.

Il connaissait, assurait-il, un bon petit restaurant où ils seraient tranquilles pour ce premier rendez-vous.

Emoustillée par ce Rond de Serviette, chassant l’obscur pressentiment qu’un zeste de trivialité pouvait s’enrouler là-dedans, Bernadette se prépara longuement avant de rejoindre le prétendant à l’anneau nuptial.

Maître Pancrasse, intrigué, suivait les préparatifs.

– Maître, comment trouvez-vous l’ensemble ?

Il trouvait que le saumon du jabot de son chemisier n’allait pas avec le gris plissé de sa robe, mais il décida de garder cette réflexion pour lui.

Il préféra se frotter à ses mollets en miaulant. L’heure prévisible de son retour et la quantité de croquettes dans son assiette n’étaient pas en adéquation.

Enfin, dans un nuage de parfum, elle partit.

Une fois arrivée, elle fut surprise par les nappes rouges à carreaux qui lui rappelaient une image oubliée de son enfance.

Dans un coin, un quinquagénaire déplumé tendit vers elle une rose rouge, leur signe de reconnaissance.

– Rond de serviette ! dit-il quand elle s’approcha.
– Automne gourmand, répondit-elle, si rouge que les nappes semblaient l’illuminer.

Ils se plurent immédiatement.

Bernadette ne devait pourtant garder de cette première soirée qu’une image, celle de la pointe de la fourchette et du couteau de Rond de Serviette, sur lesquels elle fixait son attention, n’osant regarder celui qui allait devenir l’homme du restant de sa vie.