Diptyque 3.3., l’histoire de la photo d’Ali Baba par Luciole

 

« J’ai écrit le texte qui suit le 1er septembre 2005 sur mon premier blog. Je le republie ici pour le diptyque d’Akynou. Car en voyant la photo proposée pour le jeu j’ai immédiatement penser à ce texte écrit il y a un an. (Il n’y a que la météo qui soit différente »

Il y avait une lumière particulière ce soir là, un ciel de feu couvert d’un toit de nuage noir. J’entendais le grondement de l’orage… Je n’avais pas peur, au contraire, je me sentais animale, les odeurs de terre m’envahissaient.

J’avais quinze ans, je marchais au milieu des champs de blés qui se courbaient sous le vent, vague d’or, les bourrasques s’engouffraient sous ma robe, elle se collait à mes jambes puis s’envolait, j’avais quinze ans…

Je devenais une héroïne sur cette route perdue au milieu des champs, je rêvais de rencontres improbables, d’enlèvements sublimes, mon pas devenait plus sûr, je sentais mon corps se former dans la lutte avec le vent.

Tout grandissait, l’espace qui m’enveloppait devenait infini, libérée des entraves, il me semblait que j’allais m’envoler.

Quelques gouttes de pluie vinrent s’échouer sur mes bras nus, d’instinct je les lapais, je marchais plus vite, je ne cherchais pas d’abri, je me laissais prendre par l’élan. Puis le torrent s’abattit, je me mis à rire, j’étais seule sous la pluie sur ce chemin au milieu de nulle part, j’étais libre, j’étais qui je voulais être. Je me mis à courir, vite, plus vite encore, mes pieds claquait dans les flaques, mes jambes se couvraient de boue, qu’importe la pluie me lavait. j’étais offerte à la terre, à l’eau, au vent, j’étais flamme, je devenais femme.

Des larmes plein le corps, à bout de souffle, je m’arrêtais, mon rire répondait aux éclairs, je m’allongeais là, au milieu de cette terre trempée, mon corps en étoile appelait les éléments, je voulais être prise, je voulais être emportée, je voulais chavirer. J’ai crié par dessus le ciel déchaîné. Ma robe devenue seconde peau, mes cheveux comme une toile d’araignée dans la rosée, mon coeur qui frappait au rythme de la chamade. J’ai reçu l’eau, j’ai caressé le vent, je me suis plantée dans la terre.

De mon corps liane sortie des feuilles de vierge. Dans mon secret, j’ai sentie éclore un bouton de rose. ..

J’avais 15 ans… et j’étais prête… C’est vers lui que je marchais maintenant, vers mon premier amant.