Diptyque 5 – L’histoire de la photo de Tatou. La version d’Alice.

 

Souvenirs d’enFrance…

 

Notre père ne rigolait pas avec la messe. Encore aujourd’hui, quand sonnent les cloches, je me surprends à me sentir vaguement coupable. La seule concession qu’il voulut bien nous faire fut de nous autoriser à aller à la messe de 18 h 30 le samedi alors que pour lui, seule la Grand’Messe de 10 h 30 le dimanche avait un sens.

Alors, nous nous sommes organisés. Tout une scolarité chez les soeurs et les curés nous avait appris à louvoyer entre les règles et contraintes diverses et obscures tout en présentant une façade irréprochable.

Notre plan fut élaboré dans l’arrière-salle d’un des multiples cafés du bourg, celui où se retrouvaient les lycéens et qui allait devenir notre camp de base.

Un tour de garde fut instauré : l’un de nous assisterait à la messe et ferait son compte-rendu aux autres restés améliorer leur score au flipper et au baby-foot.

J’étais la plus jeune et, bien sûr, mon tour revenait bizarrement très vite. Mais j’étais déjà tellement fière de prendre part à la conspiration que je remplissais mon rôle avec beaucoup de sérieux.
Il faut dire que nous subissions un interrogatoire en règle lors du diner du samedi soir:
– Quel évangile? Quelle lecture? Le thème du sermon ? Corinthiens ? Lettre aux Apôtres? Prière universelle ? Message papal ?

Les questions paternelles fusaient et nulle approximation n’était envisageable.

Notre mère, dont la foi était plus souple voire conciliante, avait eu vent du complot :

– Vous brûlerez en enfer ! nous disait-elle en levant les yeux au ciel pour ne pas rire.

Quant à notre père, peut-être priait-il le dimanche matin pour le salut de nos âmes.