Au jeu des livres, Laure (du blog Kuala et moi) a tiré la liste de Clopine

  • le Rouge et le Noir
  • les Papous dans la tête
  • les Barricades mystérieuses
  • la République des Livres
  • la Recherche racontée à mes potes

Autant de titres qu’elle a placé dans un texte de 1 500 à 3 000 signes et qui parle de rencontre…

Dans le mille

J’ai toujours rêvé d’Asie. Celle à l’est de l’est. Depuis toute petite. Au début, je me passionnais pour ses animaux. Eléphants sauvages, énormes varans, rhinocéros blancs, buffles aux longues cornes, crocodiles effrayants… Je savais tout d’eux. J’apprenais tout. Je lisais, me documentais.

Petit à petit, j’ai élargi mes connaissances. Habitats, paysages, puis populations. Mais au fur et à mesure que mes savoirs augmentaient, la zone qui m’intéressait diminuait. Et ce sont les papous qui m’ont fascinée. Tout le temps, quoi que je fasse, où que j’aille, j’avais des papous dans la tête. J’ai voulu tout savoir d’eux. Ils étaient ma passion. Tout ce qui m’avait alors échappé, je l’ai lu, mais la recherche, racontée à mes potes n’a provoqué que rires gênés ou moqueries.

J’étais alors adolescente et, à part moi, qui se souciait des papous. Mes potes les plus futiles, eux, s’intéressaient à la mode, aux fringues et à la musique. Les plus intello à la philo, la politique. Bien que fort sympathiques ils n’avaient à la bouche que les mots démocratie ou république. Ils lisaient beaucoup à son sujet, ils en discutaient entre eux et ça leur suffisait. Ils ne la connaissaient que par les livres, leur république. C’était la république des livres un point c’est tout. Trop jeunes pour voter, encore plus pour être élus. Ça les a sauvé.

Moi, par contre, j’envisageais déjà de découvrir mes papous, peuple primitif, peuple d’avant toute république.

J’ai mis des années à préparer mon voyage.

Obtenir des informations fiables, des visas, sans parler de l’argent pour partir, ni des autorisations spéciales n’a pas été sans mal. Mais un jour, j’ai eu tout cela en main, et j’y suis allée.

Une fois sur place, je devais trouver un guide. Son choix était crucial. Mais comment choisir ? J’ai d’abord rencontré un homme très noir. Noir de peau, mais aussi noir de l’intérieur, silencieux, droit. Il avait l’air vraiment bon, mais m’a fait un peu peur. Le suivant était bien plus vivant, toujours vêtu de couleurs vives, joyeux et loquace, mais il ne m’a pas paru assez compétent. Je m’inquiétais beaucoup des serpents or il s’en remettait à Dieu à ce sujet : ça ne m’a pas paru très sûr. Il y a eu ensuite un tout petit homme. Mais lui-même n’était jamais vraiment entré en contact avec les papous et ne parlait pas un mot de leur langue. J’ai enfin rencontré un homme au visage très marqué. Visiblement une brûlure ancienne qui lui avait laissé le visage et la partie droite du corps rouge vif. J’ai hésité entre le rouge et le noir, et j’ai fini par choisir le noir. Malgré son côté effrayant, il savait de quoi il parlait.

Nous avons préparé notre expédition, essayant de trouver le meilleur équilibre possible entre le nécessaire et l’encombrant : il allait falloir porter. Et nous sommes enfin partis au cœur de la jungle. Mon choix avait été le bon. Mon guide savait exactement où aller, quand et comment avancer et trouvait des chemins invisibles dans cette forêt. Il connaissait chaque plante, chaque bestiole. Tout allait bien.

Nous sommes donc arrivés sans encombre dans un village papou. J’y ai été très bien accueillie. J’ai pu vivre avec les papous, parler avec les papous, mon rêve se réalisait enfin.

Quelques temps avant mon départ du village, en m’éloignant un peu, j’ai remarqué une case différente des autres, un peu à l’écart et protégée par des branchages étranges. Quand j’ai demandé dans la soirée quel était cet endroit, le silence s’est fait. J’ai bien compris que je n’avais rien à faire là-bas. Ceux avec qui j’avais eu l’impression de tant partager me cachaient des choses. J’en ai été blessée, mais j’ai promis de ne plus y retourner.

Pourtant, la veille de mon départ, mes pas m’y ont ramenée. J’ai tourné autour de la cabane un moment, puis n’y tenant plus, j’ai franchi les barricades mystérieuses. Je n’aurais pas dû.

Je me suis retrouvée je ne sais combien de temps enfermée et droguée. Seule une crise de vomissements incontrôlables m’a sauvée, m’empêchant de digérer mes drogues. J’ai alors pu m’échapper. J’ai erré cinq jours, malade, perdue. Seule au fin fond de la jungle. Mes forces se sont épuisées. Alors au dos de mon billet d’avion, toujours rangé dans ma poche ventrale, j’écris mon histoire. Ensuite je la roulerai dans la boîte de pellicule photo qui traîne dans ma poche depuis des semaines. C’est ce que j’ai de plus étanche. Un jour, peut-être, quelqu’un retrouvera ma trace. Qui sait ?

Le dimanche 27 septembre 2009, 23:39 par Mavie

J’ai hésité entre le rouge et le noir, et j’ai fini par choisir le noir.
J’adore!! Bravo!
De façon général, je me suis laissée prendre par cette histoire et quelle chute!