diptyque 3.3. L’illustration du texte de Anitta, par Rh. P.

 

Cerclé de falaises blanchâtres comme les vagues d’un océan en furie, avec ça et là d’énormes rochers affleurant du sol comme des épaves à demi-englouties dans l’herbe sauvage, l’endroit s’appelle Le bout du monde. Au bout d’un sentier qui serpente à travers les pins et les fougères, vous arrivez en contrebas de ce théâtre et, pis que l’émotion qui vous submerge et coupe votre souffle, pis que le reflet d’une cascade (les jours de pluie) et la sombre entrée d’une grotte, et pis que les varappeurs encordés partis à son assaut, les promeneurs du samedi qui lèvent les yeux vers lui ou les abrutis sectaires qui viennent bondieuser sa beauté, c’est le ciel que vous apercevez en son sommet qui vous abat.

Etes-vous jamais allés au bout du monde ? Dans ce coin de France où s’abolissent les frontières, où la nature tombe les masques et où coule depuis des millions d’années une rivière pas bien vaillante qui a pourtant sculpté le plus majestueux des cirques ? Avez-vous déjà mis un pied au bout du monde ? Senti sous votre semelle que vous veniez de basculer dans cet univers où s’exprime ce que les éléments ont de force et de ténacité, de courage et d’obstination ?

Moi, la fille du bord de mer, je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières, vous savez. Mais si vous ne connaissez pas Le bout du monde, si vous ne vous en êtes jamais approchés à moins d’un pas, alors, dîtes-vous bien que vous ne connaissez rien.

Devos nous l’a si bien conté, il n’est de bout qui n’ait deux bouts.

C’est donc deux bouts du monde que j’ai cherché et trouvé.

Le premier bout du monde est au bout de la piste, entre mer et marais à près d’une heure de mon village, à un million de kilomètres du reste de la terre… « Quelques planches et canisses posées entre deux caravanes calées sur la dune qui nous abritent durant la saison estivale. Il y a plus de quinze ans que cela est ainsi. Tous ont fait leurs premiers pas ici, sur cette plage du bout du monde qui fait face au Nord, à la France, au continent, comme pour mieux affirmer sa différence et pouvoir surveiller son ennemi, le monde moderne et bétonné. »

 Le second bout du monde je ne le narrerai, il est si loin du premier et si proche à la fois, tous deux ont le même goût très prononcé de liberté, j’y suis déjà un peu…