Diptyque 4.3. L’histoire de la photo de Michel Clair par Kimanier

 

Ce cliché est ma perte. J’aurais dû me méfier de Zeinabou !

Pourtant l’histoire avait bien débutée :
Nous nous étions rencontrés Tareq et moi un jour de marché. Je ne l’avais encore jamais vu ici. Il était venu spécialement de Nouadhiboû pour fêter l’Aïd El Fitr avec sa famille.

Il était entouré de jeunes filles en Mélafa, toutes plus ravissantes les unes que les autres. Mais c’est moi qu’il regardait.

Et dès le premier regard, j’ai su :

Il était celui que j’attendais.

Dans ses yeux, j’ai lu de l’étonnement, comme s’il avait été surpris de me trouver ici.

Il a envoyé une de ses cousines pour me parler et m’inviter à la fête le soir même dans sa famille. C’est ainsi que j’ai su qu’il était le fils Rrguibat, le grand chef des Sahraouis, qu’il était venu chercher une épouse, ce qui expliquait le nombre de prétendantes à ses côtés.

Ma famille, d’une caste inférieure ne pouvait faire l’affront de refuser et c’est ainsi que j’ai passé la plus merveilleuse des soirées à ses côtés.

Tous les regards tournés vers nous ce soir-là semblaient bienveillants. Tous….sauf celui de sa jeune sœur Zeinabou qui paraissait … distant voire… hautain.

Pendant tout le repas il a su trouver les mots pour me détendre et me faire rire. Et puis, avant le dessert il a prétexté me faire visiter la maison pour m’éloigner de la fête et m’embrasser pour la première fois….dans sa chambre.

C’est là que j’ai vu pour la première fois ce grand lit sombre.

Et déjà mon coeur s’affolait à l’idée qu’un jour je puisse être prise par lui, ici, dans ce grand lit.

Tout a été très vite par la suite. Tareq à offert une somme importante d’ouguiyas à mes parents pour l’Eslam, nos fiançailles. Le mariage a donc été convenu un mois plus tard. Je vivais comme dans un rêve. Seule Zeinabou continuait à m’intriguer. Je la trouvais froide. Je n’osais en faire part à Tareq qui vouait un amour sans mesure pour son unique sœur.

Je me rassurais en me disant qu’elle ne me connaissait pas et qu’elle apprendrait à m’aimer.

Mon mariage fut une réussite. La famille de Tareq avait invité le griot le plus célèbre qu’on puisse trouver en Mauritanie. Ce n’est pas l’argent qui manquait et l’on passa la première journée dans la joie.

Et puis vint notre toute première nuit d’amour dans son grand lit sombre.

Maintenant quand j’y repense, je m’aperçois que c’est l’unique moment où j’ai vu Zeinabou me fixer de la sorte. Comme si elle venait enfin de sortir de sa bulle.

J’étais tout à la fois brûlante de désir mais également d’une nervosité palpable. Tareq s’en aperçut. C’est pourquoi il fut très doux. Il s’y prit à plusieurs reprises pour me pénétrer, me mettant plus en confiance à chaque fois. Après l’amour, le sommeil s’empara de nous.
Nous étions heureux, amoureux et épuisés.
Dès 5 heures du matin, nous fûmes tirés de notre lit par la famille entière qui tenait à nous féliciter et venir aux nouvelles. On nous conduisit jusqu’aux Khaïmas de mariage afin de poursuivre encore la fête.

La grande « salle » avait été nettoyée et un buffet énorme nous attendait.

Tout le monde était là ….sauf Zeinabou.

Quand elle est arrivée avec son appareil numérique, le visage mauvais, je n’ai pas compris tout de suite ce qui allait se passer mais je savais que ça ne présageait rien de bon.

Et puis l’appareil a commencé à circuler. Des murmures se sont élevés et les regards étaient tournés vers moi.

Et ma vie a basculé dans l’horreur:

Zeinabou avait photographié notre lit dans lequel n’apparaissait aucune tâche sombre, prétendue signe de ma virginité.

J’ai eu beau clamé mon innocence, que j’étais réellement vierge….rien n’y a fait.

Mais pourquoi n’ai-je donc pas saigné ?

Pour quelques gouttes de sang que mon corps n’a pas versé, j’ai été privé de ma vie….à tout jamais.