Diptyque 4.3. L’histoire de la photo de Michel Clair par Anna

 

Purée, ma tête ! J’ai l’impression qu’on a essayé de fourrer dans ma bouche une mâchoire trop grande pour moi. Je me réveille dans une chambre inconnue. Ai trop bu hier soir, mais où ? Un regard lancé au dateur de ma montre m’apprend qu’on est le premier novembre. J’en déduis que j’étais à une fête d’Halloween.

Les souvenirs me reviennent par vagues, la grande « horror house party » chez Sido, j’étais déguisé en pirate, je me rappelle le visage de cette femme brune qui ne m’a pas lâché du regard, et le punch « aux entrailles » (des fruits, bien sûr) qui coulait si facilement dans la gorge… J’ai pris une cuite. La première de ma vie. Et quand je regarde autour de moi, le décor ressemble suffisamment à une chambre de femme pour que j’en déduise la perte de mon pucelage avec la belle brune. Dommage que je ne me rappelle de rien. Ma gorge me brûle, sans doute l’alcool. On est censé se sentir aussi mal après une nuit de beuverie ?

La porte de la chambre s’ouvre et la belle brune entre, toujours aussi pâle, le sourire aux lèvres. Elle me rejoint sur le lit d’un seul mouvement souple, je me rallonge en la prenant dans mes bras. C’est alors que je remarque le plafond. Elle y a fixé un miroir, je ne dois pas être le premier homme qu’elle amène ici pour s’amuser. Mais un détail me trouble : je vois bien son lit, et les draps froissés, mais dans le miroir, je ne vois ni son reflet, ni le mien…