Diptyque 2.2. L’histoire de la photo de Caféïne par Erin.
Gueule de bois !
Moi qui pensais être tranquille… Bien la peine de venir ici à cette heure si matinale… Non mais regardez moi celle-là … Et que je fais des enjambées de géant, et que je tire cet engin bruyant avec force… Evidement, sur les pavés, cela fait un bruit d’enfer…
Après la nuit que je venais de passer, j’aspirais au silence. J’avais couru d’un endroit à un autre, à la recherche d’un peu de plaisir. J’avais croisé des amis, des ennemis avec qui j’avais dû me battre. Mais toujours récompensé par les minauderies de quelques belles. Celle à la robe noir et aux yeux d’or, celle à la robe d’un si joli gris dont les yeux étaient un ton plus clair, et l’autre avec sa robe beige et marron glacé et ses superbes yeux bleus. Et enfin ma fine, ma belle, la plus douce dans sa robe blanche immaculée et ses yeux verts si envoûtants. J’aurais traversé la ville cent fois en tout sens pour elle. Elle était retournée en son foyer. Elle passerait sans doute la journée à somnoler. Peut être rêvera t-elle un peu de moi.
Que cette place est donc grande… Elle la traverse pourtant à longues enjambées, mais j’ai l’impression que cela dure des heures. Et ce bruit qui me vrille la tête. Après tous mes excès de la nuit je voudrais du silence… du silence… Silence !
Il fait frais ce matin et la lumière est un peu grise. J’aime ce temps. Le jour s’est levé, certes, mais c’est le moment où les noctambules sont enfin rentrés, et les autres pas encore sortis, ou même pas encore levés. Le silence règne ici en maître… d’habitude ! C’est pour ça que je m’y réfugie. J’arrive juste avant le soleil et je regarde le ciel s’éclaircir, se parer de couleurs chaudes, orangé, rosé, mauve, rouge éclatant. Pas un matin identique. Les bâtiments sortent de l’ombre. La pierre alors s’embrase, puis, les premiers rayons parent les pavés de milliers d’éclats scintillants. Et je regarde ce spectacle unique et chaque jour renouvelé avec émerveillement. Je me sens alors comme lavé de tous les événements de la nuit. Toutes ces rencontres, ces rixes, tous ces déploiements de séduction. Ensuite je peux retourner chez moi, tranquille, me reposer, rêver… prendre soin de moi afin d’être de nouveau le roi de la nuit, le roi de la ville la nuit…
Et celle-ci qui me dérange… qui fait un bruit se répercutant, la place vide faisant caisse de résonance. Mais que fait-elle ? Cela fait trois fois qu’elle s’arrête pour remettre son sac. Enfin elle a compris qu’en bandoulière il ne la gênerait plus, il ne glisserait plus. Et la voilà qui reprend son chemin.
Je la regarde. Elle a de forts jolis mollets qui appellent la caresse… Elle s’est encore arrêtée. Elle tourne alors son visage vers moi. Je suis découvert… Elle laisse sa valise là et s’approche… Elle se penche vers moi…
« Miaou ! » Fais-je en frottant ma fourrure sur ses jambes…
