Diptyque 4.4. L’histoire de la photo de Bladsurb racontée par Oxygène.

La matinée est largement entamée. Clarisse attend, comme tout le monde. Devant l’abribus, elle reconnaît son voisin et un collègue de travail mais n’ose s’approcher d’eux pour les saluer. Chacun est perdu dans ses pensées. Clarisse observe avec regrets le bel autobus flambant neuf garé sur le côté.

Il y a encore trois mois, elle serait déjà arrivée au centre de recherches. Aujourd’hui, elle piétine sur le macadam.

Que dire ? Que faire ?

L’école de ses filles a modifié ses horaires. Comme toutes les administrations. C’est le bon côté des choses. Elle peut désormais prendre son petit déjeuner avec elles et les accompagner à pieds.

Ce soir, elle rentrera avant la tombée de la nuit.

Le silence de la rue et du quartier la déconcerte. Elle n’arrive pas à s’y faire. Un silence de jour de congé. Et pourtant, il n’en est rien. Au contraire ! Par décret du 1er ministre, les jours fériés qui ne sont pas des fêtes nationales sont supprimés. Le président attend que chaque Français participe à l’effort national. Gare aux rêveurs, aux bohèmes et aux paresseux !

La crise de l’énergie s’est abattue sur le monde avec une brutalité inouïe faisant monter les cours du pétrole au-delà de l’imaginable et mettant en faillite nombre d’entreprises qui n’ont pu se tourner vers leurs banques. Des milliers de véhicules sont restés garés là où leurs utilisateurs les avaient déposés. Avant.

En réunion permanente, le conseil des ministres a décidé de geler les stocks de pétrole encore disponibles. A chacun de se débrouiller pour ses déplacements.

Le clip clop des sabots résonne sur la route. Clarisse sait que le vieil omnibus de la RATP approche. Par bonheur, la ligne 85 fonctionne toujours.