Diptyque 8 – L’histoire de la photo de JC Filizola par Hortense AA.

 

Une petite nouvelle dans le jeu, qui commence en fanfare. J’aime beaucoup…

 

Les êtres humains ne sont pas des vivants comme nous. C’est à la fois un grand bonheur et une grande inquiétude d’en aimer un comme j’aime le mien : je me jetterais dans le feu, je ferais n’importe quoi pour lui. Et pourtant, pourtant… J’ai tellement de mal à le contenter !

Les êtres humains souffrent de comportements paradoxaux. Ils semblent apprécier l’aide que nous leur apportons lorsque nous éloignons les importuns qui marchent trop lentement en longeant le mur du jardin, ils ont un instinct du territoire exacerbé en ce qui concerne leur lit, leurs fauteuils, certaines zones de la maison, mais quand hier, dans la voiture, j’ai bondi pour effrayer des jeunes qui s’asseyaient sur le capot, quand j’ai déchiré la banquette en m’arc-boutant sur mes pattes arrière , mouillé la vitre en écrasant ma gueule dessus, quand les garçons, après avoir sursauté, d’abord surpris puis furieux, ont bourré de coups de pieds les pare-choc et le bas des portières, c’est contre moi, moi qui ne suis qu’amour et dévouement, que mon humain a haussé la voix en fronçant les sourcils.

Je ne veux jamais plus jamais lui déplaire. Aussi, je ne répondrai pas aux provocations de ce grand mâle qui se tortille devant moi. Il se caresse les poils de la tête, il sourit en face de son image dans la vitre, il parle sans s’adresser à personne. Je crois qu’il ne me voit pas, je suis tapi derrière le siège avant, noir dans l’ombre, à l’endroit le plus frais de cette voiture qui commence à chauffer en plein midi. Je resterai impassible, je ne grognerai pas. Ou alors, juste un peu, très sourdement, s’il s’attarde encore.

Il sifflote, maintenant, il fait danser devant moi ses mains aux griffes molles. Qu’il parte, ô qu’il décampe, vite, qu’il s’éloigne de notre automobile ! S’il y touche, s’il l’effleure seulement, s’il en frôle la poignée, il éprouvera la puissance de ma terrible mâchoire. J’ai beau avoir été sacré « best in show » à l’exposition canine internationale, je ne laisserai personne oublier que mes ancêtres chassaient des rats plus gros qu’eux dans les mines du Yorkshire, et que tous ceux de notre espèce ne redoutent rien ni personne.

S’il reste là une seconde de plus, cet envahisseur, moi je lui saute dessus, je l’attrape à travers la portière, je le déchiquette, je le bouffe, je le dévore !