Diptyque 2.7.  L’histoire de la photo de Jérôme, par Orpheus

 

Très intéressant, mais encore ?… :-)

La comtoise égrène les secondes et empêche le silence. Cent treize cliquetis depuis qu’il m’a demandé de fermer les yeux avant de décrire l’image qui se présente à moi. Qu’est-ce que je vais pouvoir lui raconter. Il va bien finir par parler si je ne lui lâche rien. Cent soixante deux. Essayons de nous concentrer. Qu’est-ce qu’il apprécierait ? Un truc gore qu’il va pouvoir retourner dans tous les sens et utiliser contre moi. Non, franchement, la voyante, c’était bien plus relax. Elle sort sa boule et elle parle. Pourvu qu’il ne sorte pas ses boules… Non, ne pas rire, il va me demander de me justifier. Bien bien bien… une image anodine… Tiens, je vais broder sur ce que Mme Paola a vu dans son cristal. Allez, je me lance.

« Un grand lac aux eaux grises. De la berge part un long ponton de bois qui s’enfonce au loin. Sur l’autre rive, des montagnes. »

Et bien maintenant, faut continuer. Elle aurait pu être plus précise la Paola… Voyons voir…

« J’aimerai bien aller jusqu’au bout. Mais au fur et à mesure que j’avance, le ponton rétrécit. Je ne parle pas de perspectives, il rétrécit réellement, comme s’il était vivant et qu’il avait la volonté de ne pas se laisser franchir. » Ah c’est bon ça. Suffisamment barré pour que ses yeux brillent d’avoir mis le doigt sur un point essentiel. On embraye là-dessus ?

« J’ai peur de tomber. A bâbord, l’eau semble calme mais plus profonde qu’à tribord où c’est plus agité. De toute façon, elle doit être aussi froide des deux côtés, non? On peut parler de bâbord et tribord même si on n’est pas sur un bateau ? »

Donc, là, c’est n’importe quoi. Comment vais-je m’en sortir ?

« Tiens, puisque j’en parle, il n’y a pas âme qui vive sur ce lac. Ni bateau, ni voilier, ni barque. Que dale. Suis tout seul. »

Vachement puissant, ça… Tu parles ! Bon, qu’est ce que je fais. J’appelle le monstre du Loch Ness à la rescousse? Allez, faut conclure…

« Et voilà ! »
Mortelle la conclusion ! Je n’ose même pas ouvrir les yeux tellement j’ai honte.

Trente cliquetis et il n’a toujours rien dit. Il est mort d’ennui ? Bon, ben je les ouvre. Il va comprendre que c’est à lui de parler maintenant… Non, rien… Il doit savoir que je me suis moqué de lui. C’est gênant comme situation.

« Oh, pas la peine de dire quoi que ce soit. Je sais d’avance ce que vous allez m’annoncer. Que la montagne représente un objectif, un challenge inaccessible. Et pourtant je tente le coup, même si l’échec est prévu d’avance. Qu’en pareille situation, j’ai l’impression que tout se ligue contre moi. Que je suis tellement indécis, que je ne sais même pas choisir le moindre mal afin de limiter les dégâts. Et que je doute de pouvoir compter sur qui que ce soit pour m’en sortir. C’est ça, hein ? »

Dong… dong… dong…

« Notre séance est terminée. Vous voyez mon assistante en sortant pour votre prochain rendez-vous. »

Je rassemble mes affaires et quitte son bureau.

Elle a noté mon nom sur le gros agenda.

Faudra que je retourne chez la voyante.

1. Le lundi 12 juin 2006, 11:54 par Erin

Heu… Je veux pas faire ma chieuse, ni l’artiste capricieuse, mais il me semble qu’il y a un tout petit problème en début de texte… Le « [i]Amusez-vous bien.[/i] » est de trop…
Eh éh ! Le copier-coller !!!

2. Le lundi 12 juin 2006, 11:56 par Erin

Oups ! Voulant prévisualiser le BBCode inséré j’ai envoyé…

Bon le BBCode ne marche pas et puis j’ajouterai, merci d’avance et bisous pour la semaine à venir…