Le diptyque 2.5. L’histoire de la photo du bébé d’Akynou par Xuan Lay
Le paradoxe du baillement.
Je baille…. Je ressens un vent humide et moite, il fait froid et de nouvelles sensations m’agressent !
Cet état d’homéostasie complet de tous mes sens, génère de nouvelles stimulations que je découvre peu à peu. Il ne me suffit pas d’être vivant, il ne me suffit pas de m’éveiller, de chercher à comprendre comment je fonctionne, il me faut désormais m’adapter à ce nouvel environnement.
A devoir supporter ces intenses contractions musculaires depuis quelques heures, j’ai éprouvé, comme lors de la stimulation du noyau paraventriculaire de mon hypothalamus, le besoin de bailler.
Ce bâillement me rappelle, lorsque je me trouvais il y a encore quelques instants, agréablement lové dans l’univers idyllique d’un doux liquide protecteur. Les bruits sourds qui me parviennent de toute part et se répercutent en moi, sont impressionnants. Je baille encore ! Je baille toujours en alternance avec une courte période de secousses myocloniques qui me sortent de mon sommeil. Un important besoin de revenir à cet état de sommeil paradoxal, auquel j’accordais une grande partie de mon temps, avant d’éprouver cet inimaginable frissonnement glacial, m’emporte à présent.
Comme mon sommeil, le paradoxe est que je baille pour éveiller mes sens, je baille pour stimuler le siège de mes centres moteurs, je baille car je suis la vie.
« Je baille si fort qu’une larme me vient aux yeux.
De temps en temps, je baille si fort, que les larmes me roulent sur les joues.
C’est un ennui profond, profond, le cœur profond de l’existence, la matière même dont je suis fait. »
Jean-Paul Sartre 1938
