Diptyque 2.6. L’histoire de la photo d’Anideg, par Orpheus

S’il était une femme, je serais bien son homme…

 

Si j’avais été une femme, je n’aurais pas voulu être de celles interchangeables et formatées qu’on voit dans les magazines. Juste une jolie plante avec son propre charme et son originalité. J’aurais pu m’acheter certains parfums sans que la vendeuse demande si c’est pour offrir à ma fiancée. Si j’avais été une femme, j’aurais aimé savoir en jouer. Un battement de cils sobrement surligné pour amener un homme à aller dans mon sens. Obtenir l’adéquation en utilisant sa faiblesse.

Si j’avais été une femme, j’aurais aimé ne pas naître dans un pays où elle est rabaissée, exploitée, meurtrie. Et dans un pays qu’on dit civilisé, j’aurais souhaité être de celles qui démontrent que l’égalité des sexes n’est pas seulement un droit mais une évidence.

Si j’avais été une femme, j’aurais eu la possibilité de savoir ce qu’est de donner la vie. Je n’aurais pas eu tant de mal à écrire quelques lignes pour illustrer une photo d’un bébé. Il n’y aurait pas eu d’interférences avec des regrets et je n’aurais pas eu à recommencer mon papier trois fois pour finalement jeter l’éponge.

Si j’avais été une femme, je n’aurais pas connu le plaisir de la même façon. Les pénétrations n’auraient été qu’à sens unique. Je n’aurais été que « passive ». Même si je sais qu’on peut être pénétré tout en ayant une attitude « active ». J’aurais dû accepter aussi, si j’en crois mes bonnes copines, que mon plaisir soit soumis à l’endurance et à la technique de mon partenaire. C’est vrai également de mon côté de la barrière, mais à les écouter, il semblerait que ce soit un tout petit peu plus complexe chez elles. J’espère que je n’aurais pas eu besoin d’avoir à trop simuler. J’espère que j’aurais été conscient(e) que les hommes peuvent également simuler.

Si j’avais été une femme, je n’aurais pas pu me moquer de moi comme je le fais de temps à autres. « Qu’est ce que t’es conne, ma pauv’ fille ». J’aurais peut-être pris l’angle opposé. Je me serais alors infligé un « T’es qu’un gros nigaud »…

Si j’avais été une femme, des choses n’auraient pas changé. Enfin, j’espère.

Je tiens à une certaine sensibilité, une capacité à m’émouvoir, à verser une larme.

Je crois que je me serais toujours amusé à faire tourner l’être aimé en bourrique.

J’aurais continué à dépenser mes économies en vêtements et lingeries. Le budget chaussures aurait certainement été plus conséquent. J’aurais continué à me balader chez moi en petite culotte. Juste un sous-tif en plus.

J’espère que j’aurais conservé un côté coquin, libéré sexuellement. Pas prude. Sans être vulgaire…

Si j’avais été une femme, j’aurais essayé pas mal d’hommes avant de trouver le bon. Le gros problème est que je ne serais pas aujourd’hui avec celui qui fait battre mon cœur.

A moins qu’il soit « resté » hétérosexuel.
A moins que lui aussi ait été une femme et que nous soyons lesbiennes…

Je ne suis qu’un homme.
Et ce n’est pas mal non plus.
N’empêche que ça serait enrichissant, juste un temps, de savoir ce que c’est vraiment que d’être une femme.