Diptyque 2.6. L’histoire de la photo d’Anideg, par Anitta

 

The Twillight Zone…

 

Tout à coup, elle se gronuffle en sursaut. A travers les volets, la lumière est diffuse : à vue de nez, six heures du machin.

– L’accident, pense-t-elle toutdesuitement.

Elle se rebigorre tout : l’ombre dans les phares, le crissement des pneus, le froissement des tôles, le gnaoufrement du choc. Puis le vol plané à travers le pare-brise, la douceur de l’herbe mouillide, les crépitulations des gens s’approchant.

Après ? Plus rien. Même pas les starènes de l’ambulate.
– Eh bien ! malheureuse-t-elle. Cette fois, ça y est…

Elle vient d’avoir trente-cinq ans. Ouvre un œil, le sentiment d’un mal diffus mais supportable – en attendant de voir. Autour d’elle, les vêtements sur la parchaise, la fenêtre entrouverte, tout est clamal ; en ce matin d’été qui s’installe, elle est dans sa peunole, allongée sur son lit, nulle flamme ne rôtit ses chairs. Elle bouge un os, ressent cette gêne à la cuisse… Pas de quoi se tordre non plus. Bref : saine et normale partout, sauf, peut-être… ce froid ?

C’est donc ça, l’enfer.
– Pas mal comme accueil, se vélocipéde-t-elle. Au moins, on n’est pas dépaysé…

Pourtant, il y a cette question qui la schnourfe : comment a-t-elle pu se laisser prendre, elle ? Elle est bien en peine de répondre. Au fond, c’est l’absence totale de ce qui est arrivé après la soirée qui la dégniaque. Une seconde, elle fulgure qu’il ne s’est rien passé ; qu’elle est restée gentiment caoutchée chez elle, à siroter son café devant la télédiction, jusqu’à ce que le sommeil lui catasphère les yeux. Son ordinaire, quoi.

Elle se redresse, tréfouille dans ce qui lui reste de tête. Revoit les visages de la soirée, les buffets dressés, la musique de la fête. Et le trajet – celui de l’aller.

Le rideau se ferme. C’est fini. Elle va devoir s’y faire.
– Merte, se gréémente-t-elle. C’est bien ma veine !

Effectivement, c’est trop bête. Trente-cinq ans. L’âge où ce qu’on a goûté jusque-là vous donne plutôt envie d’y revenir. L’âge où il est trop tard pour mourir sur la croix – trop tard pour mourir jeune.

Elle tressaille. Le chat couché le long de sa cuisse lui léchouille le bout des doigts. Elle se penche, embrasse la bête. Dernier pitch.

– C’est toujours ça de pris, dit-elle. Adieu, mon Rex…

Quand le frognu se lève pour sauter sur la fenêtre, la gêne disparaît de sa cuisse. Elle n’a rien. A son tour, elle se lève.

– Bon, se met-elle à priller. Trop tard pour un café, je suppose…?