Diptyque 2.8.  L’histoire de la photo d’Alexandre Tinoco, par Xsérone

 

« Une misérable contribution en raison d’une semaine un peu agitée… J’en profite pour vous avertir de mon absence pendant quinze jours. »

 

Il eût suffi de quelques mots pour donner à cette journée l’ivresse d’un mémorial. Il eût suffi de quelques instants pour qu’ils aient l’ampleur d’une vie. Assis dans le coffre du break, nous épiions nos souffles, tâchant de voir en chacun d’eux l’annonce fugace d’une parole. La rue elle-même s’était tue, intimidée par la paralysie d’un dimanche matin trop lourd.

Nous ne nous regardions pas, mais les délires de la chaleur laissaient entrevoir, entre nos visages avides, le parfum d’autres noms, l’ombre d’autres vides. Une vie ou plus nous séparait. Et combien de souffrances ! Celles de ne pas savoir. Celles de ne pas savoir.

Nos femmes sortirent enfin de notre foyer. Les voilà prêtes à souiller leurs toilettes soignées ! Mon grand-père se leva, comme ranimé par les effluves bariolées. Il se tourna vers moi. Et montrant du doigt un panneau publicitaire : « Tu vois cette affiche ? »

J’acquiesçai en silence.

« Et bien, c’est le ponton le plus long du monde »