Diptyque 8 – L’histoire de la photo de JC Filizola par Samantdi.

 

Ce Miguel-là est si réel que Jazz dit de lui : « C’est vrai qu’il paraît qu’il a un tel bagou que toutes les gamines de Zaragoza sont « dingas de la cabeza, complètement gagas de amor por Miguel Zanroma ; même les plus bégueules se prennent à crier ¡ a gozar! sur son passage, c’est dire. » Oui, c’est dire…

 

Miguel Zanroma n’a jamais le trac. O il y va ou il n’y va pas, mais il n’a jamais le trac.
Il sait au premier regard s’il a sa chance. La chance des grandes gueules, pas celle des beaux gosses et encore moins celle des bien chaussés.

Il sait qu’avec sa peau pleine de trous et son œil à moitié fermé, il ne sert à rien de se frotter aux jupes des filles en leur susurrant des : « Mademoiselle voulez-vous boire un verre », encore moins de les inviter à danser. Non, sa grande affaire, c’est la langue : les mots, les sourires et les sous-entendus. Miguel Zanroma sait parler aux femmes, il sait rendre unique chacune de celles qu’il croise au Café Filosófico de la Calle Morena, il a l’art de les envelopper de ses citations latines, de les habiller de discours socratiques.

Puisque vivre, c’est apprendre à mourir, lui se propose de leur apprendre à jouir. Juste avant.

Ce sont ses yeux qui le disent. Cils relevés, paupières baissées, regards coulés langoureux, il rapproche ses effluves poivrées de sa voisine de table. Poils brossés, cheveux gominés. Impeccable. Sa chevalière virile toque la table ! Ay Carmela ! La cigarette se consume dans le cendrier.

Miguel parle comme on nage pour regagner la rive, c’est une question de vie et que s’éloigne la mort. Il sourit, personne ne voit qu’il n’a plus toutes ses dents. Il devient le centre d’attention, l’intelligence en action, le verbe se fait chair et les femmes lascives.

Il ne choisit pas, il laisse faire le hasard, la chance et les coïncidences. Peu importe qu’elle soit jolie pourvu que ses yeux le fassent voyager et que le bruit de ses talons sache frapper le pavé. Le soir-même, il se contente de la raccompagner jusque devant sa porte, puis il part en faisant le mystérieux, et attend le rendez-vous. Parfois, le soir-même, une duègne lui fait porter un billet fleuri, ou le bidibidil de son portable résonne d’un signal d’appel.

Miguel, demain, Casa Maria Fuentes à 16 heures.

Miguel Zanroma n’a jamais le trac. Tout au plus quelquefois lui arrive-t-il de se donner un dernier coup de peigne, dans la rue, en apercevant son image reflétée dans la vitre d’une voiture stationnée sur le boulevard. Juste avant.