Diptyque 8 – L’histoire de la photo de JC Filizola par M&M.

 

Tel est pris qui croyait prendre…

 

Comment vais-je pouvoir expliquer ça à Aurélie?

Pourtant, j’avais l’impression d’avoir pensé à tout… J’ai tout noté dans mes deux agendas, histoire d’être cohérent… Rendez-vous avec Jeanne (grande et inséparable amie d’Aurélie), tout est prévu, toutes les ficelles sont attachées serrées, bien ficelées, quoi! Normand (le fif de la gang) « m’invite » au gym pendant que la blonde de Stéphane m’attend (cette Jeanne avec qui je n’ai aucun atome crochu mais qui est tellement utile…). J’ai réservé une grande chambre dans le plus charmand bed-and-breakfast de l’Ile d’Orléans, à la pointe d’Argenteney. Plus au bout de l’île que ça, tu tombes à l’eau… Y croiser une connaissance relève de l’exploit.

Et m’y voilà, tout pimpant. Je trouve sur la table de nuit un petit mot parfumé sur papier rose-pêche… En fait, c’est à se demander si elle n’a pas dormi avec tellement le papier sent elle… J’avoue que malgré nos atomes non crochus, j’ai toujours aimé son parfum. Dessus, un flacon… Petite coquine, une surprise. Pâte à cheveux que c’est écrit sur le label. Ciel, trouve-t-elle que je fais années ’50? Je plaque le flacon dans ma poche en me disant : ça sera pratique pour mon prochain look d’Halloween. Après tout, j’ai un petit côté James Dean.

J’attend… attend… attend encore… Je sors mes deux agendas, histoire de voir si je n’ai pas interverti des rendez-vous. Non, pourtant, c’est bien l’heure prévue. Merde, je n’ai pas toute la journée, moi. Une séance de gym, ça dure une heure et demi et Aurélie m’attend pour le lunch.

Frustration coincée de travers dans la gorge, je reprend la route vers le centre-ville (tout de même, à 100 $ la chambre, ça ajoute l’insulte à la blessure de mon orgueil).

Au resto, Aurélie m’attend, comme toujours. Elle joue avec son éternelle mèche de cheveux, seule mèche frisée dans cette épaisse chevelure raide comme de la corde, à force de se faire tourner. Elle sourit en attendant mon arrivée. C’est à croire que la joie de vivre est incrustée dans ses gènes.

Jurant sur la rue Cartier pour trouver un stationnement, j’y arrive avec 15 minutes de retard. Je déteste être en retard. Pourquoi aurais-je deux agendas sinon.

Je sors de la voiture, il vente à écorner les bœufs. Il faut dire que la proximité des grands édifices n’aide pas à calmer les vents. Merde, j’ai l’air d’avoir fait 100 milles en moto pas de casque. Ce n’est quand même pas de ma faute si j’ai des plumes au lieu de cheveux. Hérédité de mon père dont je me serais bien passé… LE FLACON! Pourquoi pas?!? Aurélie qui me reproche d’être prévisible, sans surprise « qui font que le couple se renouvelle constamment, chaque jour ». Je sors la petite boîte ronde en plastique, sors mon petit peigne noir (je me suis toujours demandé pourquoi je traînais un peigne aussi insignifiant avec moi. J’ai la réponse aujourd’hui).

Pourquoi n’ai-je pas remarqué que le label était un faux et qu’il avait été plaqué sur un autre. Et qui a dit à Jeanne que la colle à modèle réduit était du même format que la pâte à cheveux?

Comment vais-je pouvoir expliquer ça à Aurélie?