C’est un jeu que j’avais lancé là
La liste de Janu n’était pas des plus facile :
L’homme au désir d’amour lointain
La petite marchande de prose
Le soleil ne se lève pas pour nous
L’ingénue libertine
Marguerite devant les pourceaux
Vous pourrez vérifiez qu’ils y figure tous.
Et avec 3200 signes, il y a un petit débord, mais vraiment pas grand chose… On ne va pas lui en vouloir pour ça. Et c’est lui qui a dégainé sa nouvelle en premier.
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Pirou, le mercredi 23 juillet 2008.
Cocotte,
Tu m’écris que là-bas il fait de l’orage, ben ici il est déjà sept heures du mat’ et le soleil ne se lève pas pour nous non plus. Nous, c’est-à-dire qu’avec quelqu’un que j’avais rencontré à la station on est venu à Pirou en vélib, cette nuit – on avait un peu bu, je t’expliquerai. « L’ingénue libertine », ainsi que je l’appelle, rapport à une anecdote qu’elle m’a racontée au quatrième verre − un jour un mec lui avait fait son thème astral et tout lui correspondait, sauf ça – qu’en amour elle était soi-disant ingénue et libertine – pas mal celle-là. « Ingénue je veux bien, » qu’elle m’a fait… Bon, en fait, passé Villedieu-les-Poêles, elle en avait un peu marre que je lui rabâche cette vanne. Comment tu veux que je t’appelle ? je lui dis, et là tu vois, tout mignonnement, elle me fait : « la petite marchande de prose ». Parce qu’elle est libraire, figure-toi − en fait c’est la jolie brune des Mots Bleus − et ce truc de venir à Pirou – mais surtout pour le off − c’était son idée. Au huitième verre, le bar fermait, il fallait bien aller quelque part. On avait parlé du Tour de France. Ça s’est fait naturellement. Bon, en fait, entre Saint-Lazare et Granville, on a pris le train. D’ailleurs, dans le train, je te raconte pas, on est tombé sur un type ! Quand on lui a dit qu’on allait à Pirou sur un coup de tête, il a commencé à déblatérer dans le compartiment que lui aussi à notre âge, et qu’on était touchants et tout le tintouin. Complètement à côté de la plaque, le type. Écrivain, soi-disant. Il s’est mis à pontifier, qu’en amour, vous comprenez, il y a « une dialectique de l’éloignement », et qu’il avait lui-même été gravement épris d’une (fausse conne ?) maltaise mais que quand il l’avait rejointe, il avait pas supporté l’insularité mais-je-vous-ennuie-avec-mes-histoires. Et que juste une chose, vous savez, l’important c’est pas tant le désir, c’est pas tant l’amour, c’est le désir d’amour. Sic. En nous regardant droit dans les yeux. Le désir d’amour et des lointains. L’homme au désir d’amour lointain, qu’on l’appelle entre nous – je crois qu’on n’a pas bien fini de dessaouler.
Enfin tu vois j’ai hâte parce qu’aujourd’hui au programme du off ils passent un montage d’un film érotique inachevé de Duras en première internationale – on arrive juste à temps. C’est un peu comme ça qu’elle m’a convaincu, l’ingénue libertine. Dans le programme, ils disent que Duras avait embauché (je devrais sûrement dire débauché) plus de comédiens que Pasolini pour les 120 journées. Y a une photo du tournage où on voit Marguerite devant les pourceaux, eux tout poilus et à oualpé, et elle toute petite avec son col roulé et ses grosses lunettes, en train de leur faire un dessin au dos du script. Je te jure.
Alors j’avais dit que je restais sagement travailler, mais quand j’ai vu ça dans ma brume, à la brune, ah ! la brune, tu comprends…Enfin j’espère que tu comprends. Et j’espère que tu t’amuses bien en Tunisie avec belle-maman − mes hommages. C’est super, dans une semaine, on aura plein de trucs à se raconter.
Allez, je t’embrasse comme je désire t’aimer, c’est-à-dire dans une authentique dialectique de l’éloignement. Prends bien soin de toi aussi.
Ton J.
