Les soldes de la troisième saison du Diptyque. Dans le diptyque 3.2., l’histoire de la photo d’Antoine, vue par Willy.
Au moment de l’ultime détachement, comme envolée avec le dernier soupir, ta vie se déroule une dernière fois. C’est ce qu’on m’avait raconté. Et maintenant que je sais, maintenant que la croyance s’efface devant l’évidente réalité, maintenant, je n’ai personne à qui dire combien c’est faux. Au moment de l’ultime détachement, tes yeux se perdent vers l’infini des cieux ; et dans ce vertige inversé, j’ai peur de m’envoler.
La forêt qui entoure le Centre effraie ses occupants. Elle est la gardienne de notre éternelle vacuité, prisonniers que nous sommes d’une écrasante réalité, elle est la limite de nos possibilités. Je connaissais le risque en m’élançant à travers l’interdit, je savais qu’on ne vainc pas sa froideur ni son immensité.
J’entends encore résonner l’alarme quand mes pas franchissent la Limite. Mon souffle s’accélère. J’allonge ma foulée pour continuer à espérer. Je contourne un arbre, saute par-dessus un buisson. C’est étonnant comme je sens le vent me retenir, peut-être est-ce la peur.
Tous ces arbres qui me gênent ! Et les cris derrière moi ! Mes pieds nus saignent maintenant. Je ne me rappelle plus quand j’ai compris que le Centre ne me laisserait rien voir d’autres que lui-même. Je ne me rappelle plus comment l’envie d’ailleurs a surgi. Et là, je ne me rappelle plus du bruit de la détonation. Le crépuscule s’annonce en jetant sur l’horizon un voile mate. Je m’effondre. Un dernier effort et je me retourne sur le dos.
Au moment de l’ultime détachement, tu vois des arbres, immenses, tendus vers le ciel. Ce sont des lianes auxquelles ton âme s’accroche pour grimper vers l’ailleurs. Je souris. Je ne retournerai pas au Centre.

