Diptyque 2.2. L’histoire de la photo de Caféïne par Pivoine blanche

 

Une certaine vision de la révolte étudiante…

 

Ras-le-bol de l’unif, cette semaine.

« Cette fois, tant pis pour la ville, tant pis pour les cinés, tant pis pour le théâtre, tant pis pour les copains, tant pis pour “Bilitis”, je rentre à la maison », a-t-elle clamé, les poings sur les hanches.

Il faut dire que ces semaines de cours sont prenantes. Epuisantes. Morosantes. Lassantes. Cafardantes.

Le lundi: cours de linguistique (et surtout, cours de phonétique. Ou les quatre différences entre le « i » et le « i »; les voisées, les palatales, les labiales, les nasales, les dentales, le fil dentaire, la brosse à dents, le p, le b, le m, et le t, le d, le n.

Après ça: cours de grammaire.
Ma foi, ce cours-là, ça peut aller, le prof est plutôt sympa.

Il n’empêche, c’est tout de même ardu et déroutant, cette grammaire universitaire qui ne ressemble guère à la bonne vieille et rassurante grammaire de Monsieur de Grévisse.

Alors le mardi : la totale ! Cours de latin (bonjour Tacite et Tite-Live), cours de grec (zut! J’ai encore oublié mon Cratyle sur la tablette du tram 94), cours d’histoire moderne (huf, huf, je vais devoir me décider à lire La mandragore (amusante, en fin de compte), ou le discours sur le commerce des grains, de M. Necker.

Puis les exercices latins, de 13h30 à 15 heures, autant dire, du sang à toutes les pages, – les métamorphoses d’Ovide, il n’y a vraiment que l’histoire de Philémon et Baucis qui est un peu rassurante. Ah ! Les exercices latins, chaque semaine, soixante vers à traduire et la troisième semaine, quatre-vingt-dix vers.
Interro-surprise tous les 210 vers.

Nooooon! Pitié ! Je ne veux plus penser en latin !

Le jeudi, philosophie (On dit Youme, n’est-ce pas, et pas HH-U-M-E), histoire du Moyen Age, histoire contemporaine (avec un prof qui a, comme l’écrivait si bien Théophile Gautier, un nez tout « fleuri de bubelettes » et « cardinalisé de purée septembrale ».

Heureusement qu’il y a le cours d’histoire de la littérature, mais pas de chance, on étudiera la poésie du XIXe et du XXe siècle en… deux fois deux heures!

Voici venir le cours d’auteurs du Moyen Age (aaaah! Les jambons d’un monastère qui « ardent » et les « nonnains qui brûlent » !
Et la cantilène de Sainte Eulalie :
Bona pulcella
Fust Eulalia,
Bel auret corpus,
Bellezour anima. »

Il y en a encore ?
Parce quand il n’y en a plus, on peut vous en rajouter : le cours d’espagnol « Somos del teatro nacional » ; le cours de critique historique (c’était quoi encore, cette dépêche d’Ems ?) ; celui de logique (je n’y ai jamais trouvé une quelconque logique), et enfin, last, but not least, si on veut bien me pardonner cette intrusion franglaise dans mes études romanes, le cours de phonétique historique, vous savez, ce cours du samedi matin, qui m’empêche régulièrement de rentrer à la maison, parce qu’avec les trajets de l’unif à chez moi, et le retour du dimanche soir, le week-end est déjà bien entamé.

Le cours de phonétique historique donc, quand « le m tombe à l’époque d’Auguste »;

Voilà à quoi je passe mon temps !
Vous comprendrez aisément qu’à 18 ans, je rêve d’autre chose.
Autre chose que les grammaires latines,
autre chose que les livres de Genette, Barthes et Chomsky.
Autre chose que la salle de séminaire de philologie romane.
Autre chose que la cafet des étudiants, qui sent la clope et la bibine,
Autre chose que la bibliothèque où-je-ne-trouve-jamais-ce-que-je-veux…
Autre chose que le cadre glaciaire de mon chagrin d’amour…
Autre chose tout simplement, que ce square désert du « Groupe G ».

Voilà pourquoi j’ai rempli ma valise, de rêves, de livres, (des romans, tous sentimentaux et qui finissent TOUS par un mariage), de robes, de chapeaux, de fantaisie, de poèmes et de petites fleurs, ma belle valise rouge… Et voilà pourquoi vous me voyez, ce midi, déambulant dans les rues d’une capitale, à la recherche du prochain métro, qui me mènera à la prochaine gare, qui me mènera au prochain train, mon train de banlieue, wagon-vagon, qui me ramènera à la maison…

A la maison, chez papa et chez maman, avec mon chat et mon petit frère, et la terrasse et le jardin…

Tiens, je me rends compte que dans ma litanie, j’ai oublié un cours, celui de dissertation, de résumé et d’élucidation ;

Et puis aussi, celui des auteurs français du XIXe, avec les exercices de littérature, Nuit rhénane, que notre cher « Trismégiste » nous a donné à analyser cette semaine.

Mais confidence pour confidence, je vous avoue que cet exercice-là, je l’ai adoré, car si je me demande tous les jours ce que je fais à l’Université Locale de Villette, je serai bien forcée de reconnaître, dans vingt ans, que c’est ici et maintenant, à 18 ans, jeune et mutine, avec ma valise rouge, que j’aurai appris à écrire, et surtout…

A devenir une amoureuse passionnée de l’écriture.