Diptyque 6 – L’histoire de la photo de Musicorso. La version de Labosonic.
« Je tiens à préciser que tout ceci n’est que fiction et constitue ma participation au diptyque d’Akynou. Ceux qui me connaissent bien savent que je ne suis pas arachnophobe », écrit-il. Faut-il le croire ?
Chère maman,
Mes petites vacances au centre se poursuivent et tout va plutôt bien. Le docteur m’a dit que ce que j’avais était bénin et que, finalement, ce n’était rien et que tout le monde, un jour ou un autre, faisait quelques petites bêtises sous le coup de l’émotion. Je n’ai pas tout bien entendu ce qu’il a dit après. C’était des mots très compliqués avec plein de z, et plein de mots en -tion, aussi et « gaspachofolie », ça, j’ai retenu.
Mais, je sais pas trop ce que ça veut dire (et ça m’inquiète un peu quand même)… J’ai pas bien compris pourquoi il avait dit ce mot avec folie dedans ni pourquoi il a dit bêtises, parce que tu sais bien que je suis toujours sage, t’aime très très fort et ne voudrais pas te faire de la peine comme je t’en ai peut-être fait la dernière fois.
Je voudrais bien m’en excuser mais j’étais obligé à cause de ce qui s’était passé : la manière dont ils avaient été méchants avec moi, comment ils voulaient te faire du mal… C’est à cause d’eux que je suis sorti si vite dans la rue avec la hache, sans prendre le temps de mettre mes beaux habits. Je sais que ça t’a énervé. Tu criais très fort et tu pleurais un peu aussi, je crois. Mais je voulais pas te faire de peine, Maman. J’étais obligé, c’était de leur faute.
Après, je ne me souviens plus bien de ce qui s’est passé, juste des deux messieurs du centre qui me tenaient chacun par un bras. Ils me disaient que c’était fini et ils m’ont amené là bas. Ils m’ont donné des vêtements tout blancs et une jolie chambre en me disant que c’était mieux que je me repose.
Je voudrais bien me reposer, moi, mais je m’ennuie ici. Au début, c’est vrai que je m’amusais bien, ils me donnaient des cachets aussi gros que des bonbons, me faisaient des piqures, tu sais comme j’aime ça, les piqures, hein maman ? Tu te rappelles quand je jouais au docteur avec la voisine quand j’étais petit ? Quand tu avais vu comme je m’appliquais bien à lui faire des piqures, tu étais si fière de moi que tu m’avais envoyé dans cette colonie de vacances qui ressemblait un peu au centre.
Après, il y a eu tous ces exercices avec les araignées, les insectes et tout et tout. Au début j’avais un peu peur, comme avant, mais maintenant ça va beaucoup mieux, vraiment … Je crois même que je les aime bien.
Je me suis fait une amie ici. Coralie, elle s’appelle. Elle est gentille. C’est une grande araignée noire avec qui je m’amuse beaucoup (Tu vois, comme j’ai changé !). On est tout le temps ensemble. Même que quand je m’endors et que je ferme les yeux, j’ai l’impression qu’elle est encore dans ma tête, tellement on est copains, Coralie et moi.
Avec Coralie, on arrête pas de rigoler : on a décidé de garder tous nos bonbons pour les manger tous d’un coup derrière l’église. Ca sera meilleur… Mais le problème, c’est qu’au centre, il y a pas d’église où se cacher derrière pour se goinfrer de bonbons. Alors on a décidé d’aller faire un petit tour en ville. Je sais pas si on a vraiment le droit de sortir du centre comme ça, vu qu’il y a un grand mur très haut.
Mais bon, Coralie m’a aidé, elle est très grande, elle : au moins trois 6 mètres alors ça été très facile de passer par dessus le mur en s’accrochant à ses grandes pattes. Peut-être, c’est pas bien, on a pas le droit mais bon de toute façon, c’est pas grave, le docteur a dit qu’on faisait tous de petites bêtises de temps en temps.
Et là, je t’écris de la ville avec Coralie qui m’embête un peu car elle aimerait bien voir tout ce que j’écris par dessus mon épaule. On va bientôt aller manger nos médicaments bonbons derrière l’église. Mais pas tout de suite, je vais d’abord aller prendre une hache au cas où des enfants voudraient nous les voler, j’en ai vu plusieurs qui nous regardaient bizarrement, Coralie et moi.
Grosses bises et à bientôt
Ton chéri qui t’aime.
Post scriptum : Pour mon anniversaire de mes 35 ans, j’ai bien réfléchi et je crois que je préférerais avoir un Action Man plongeur, en fait. C’est mieux.

