Le diptyque 2.3. L’histoire de la photo d’Akynou par Orpheus

 

eClown maladroit… Saint JEan bouche d’or…

 

Faudrait quand même que je fasse gaffe. Dans ce grand cirque de la vie, il n’y a pas que les funambules qui trébuchent et se cassent la margoulette.

Quand Loyal a assigné à chacun sa fonction, il n’a pas hésité une seconde. « Non, tu ne seras pas magicien, tu ne seras pas non plus un athlétique équilibriste. Les tours de force, non, pas pour toi. Dompter les fauves, c’est hors de question. Jongler, tu as essayé, et non, vraiment pas… »
Le seul costume qu’on a bien voulu me confier est celui de clown.

Cependant, là encore, l’habit de fait pas l’artiste.

Car je ne suis pas le clown blanc, le beau, le majestueux qui fait rire. On m’appelle l’Auguste. Celui qu’on a affublé d’un horrible nez rouge parce qu’on le croit porté sur la bouteille. Celui qui plein de bonne volonté essaye encore et encore d’éblouir et rate immanquablement sa cible.

Ma maladresse est devenue légendaire.

Si encore, elle se limitait au sable de la piste aux étoiles. Mais non, même lorsque les feux de la rampe s’éteignent, je bourde, je bévue, j’erreur et j’impair.

La semaine dernière, je croyais que la belle écuyère attendait un futur petit trapéziste. J’ai parlé, j’ai sottisé… Et hier, dans les vestiaires, ce fut au tour de l’haltérophile que je ne connaissais pas. Nu comme un ver, il sortait des douches et pestait après la direction parce qu’il n’y avait plus d’eau chaude. Il n’aurait pas dû me prendre à témoin. Ah ça non, il n’aurait pas dû. Les yeux rivés sur ces attributs, sans réfléchir, je n’ai pu m’empêcher de l’ouvrir et de laisser s’échapper un « Oui, je vois ça. Et l’eau doit être glacée! »

Il est resté bloqué quelques instants. Instants pendant lesquels j’ai réalisé l’ampleur des risques que j’encourrais à vexer un inconnu. Mais trop tard, j’avais encore bêtisé.

Agir et parler sans réfléchir. Rupture temporaire des liens entre le cerveau et la bouche. A trop claironner sans attention, ça finira par me jouer des tours.

On me retrouvera inerte, sur le pavé.
Un poignard dans le dos.
Et je l’aurai bien cherché.

Que le spectacle continue…