Diptyque 2.1. l’histoire de la photo d’Alain Bachellier, par l’IkOnoclaste.

 

Les affres de l’incertitude et un suspens qui demeure…

 

Je me tasse sur ma chaise en plastique ; et puis je m’en veux de ce relâchement, et je me redresse, je contrains mon corps, cet allié ?, je dois rester droite. Crispée, tendue, mais droite. Seules mes mains trahissent encore mon émotion, et elles aussi je cherche à les maîtriser, je parviens à les immobiliser… Mais leur position, les doigts qui s’entrelacent, trahissent encore mon angoisse.

Je patiente dans ce couloir que des infirmiers compatissants ont tenté de rendre plus humain, plus doux. Mais les affiches ont pâli, les fleurs sont en plastique, poussiéreuses et la misère et la détresse transpirent des murs pourtant fraîchement repeints. Ça pue le désespoir, ici, car celles qui sortent avec la bonne nouvelle emportent loin de cet endroit leur joie et leur soulagement éclatant. Seules demeurent la peine et la douleur.

Je repense à ces années de pilule (merveilleuse invention, pourtant !), agrémentées, évidemment, de tabagie. Je me promets de reculer autant que faire se peut ce traitement, si un jour j’ai une fille. Mon arrière-grand-mère, Bonne Maman Claire, a été vaincue par ce crabe, qui s’était transformé en dragon. Depuis, le dragon n’a pas re-frappé. Combien de générations laissera-t-il en paix ? Est-ce à mon tour, si jeune, de devoir l’affronter ? J’essaie d’apprivoiser la boule d’angoisse qui erre de ma gorge à mon bas-ventre en passant par mon abdomen et mes reins, oui, mes reins, je ne savais pas qu’on pouvait ressentir l’angoisse là, aussi.

Mes mains sont calmes, à présent. Toujours presque tordues, mais calmes. L’arthrose qui menace, encore un cadeau génétique, semble s’annoncer là, dans leur étrange position. Je veux connaître un jour mes mains vieillies, tordues, perclues, des mains de grand-mère et de Bonne Maman ! Je n’ai aucun dieu à qui adresser de prière muette. Je ne peux qu’espérer ardemment (je ressens pleinement la signification de ce mot, ardemment, oui, mon corps attend ardemment l’annonce des résultats) que cette grosseur suspecte ne soit qu’un anecdotique kyste. Rien de plus.

Mes mains ne tremblent plus. Elles sont, comme moi, figées dans l’attente.