Diptyque 4.2. Une photo pour le texte de Gilda, celle de Pablo
« C’est bizarre de voir le supermarché où, au temps des enfants petits et musiciens, on a passé tant de minutes comptées entre deux allers-retours au conservatoire, être en train de se faire entièrement chambouler. Se dire encore quelque chose de ton temps qui disparaît. Que bientôt il n’y aura plus aucune preuve que nous avons ensemble existé. Et pour moi plus aucun repère de souvenir (tiens, l’allée où mon téléphone avait sonné quand tu m’avais appelée pour m’annoncer que ça y était, tu avais …) »
Photo manquante
Akynou nous a demandé d’illustrer ce texte pour la session 2 de cette saison 4 du Diptyque. Je suis allé mardi prendre des photos avec deux idées en tête. La première était de me rendre au Teatro Real, le Théâtre de l’Opéra de Madrid, qui a été pendant de longues années (entre 1966 et 1990) le siège du Conservatoire Royal de Musique de Madrid, à côté de la station de métro d’Opéra (sur les lignes 2, 5 et “R” : sur la liste de lignes de métro, cette dernière est en fait notre ligne 13 à nous – Gilda parle souvent dans son blog de la ligne 13 du métro de Paris, ligne que j’ai eu le plaisir de partager avec elle en avril dernier, quand j’ai participé au marathon de Paris). J’ai pris des photos de plusieurs perspectives du théâtre, tout en cherchant un supermarché dans le quartier ; mais après un bon quart d’heure, je n’en ai pas trouvé. Un peu déçu, je suis revenu au métro. Avant d’y descendre de nouveau, j’ai photographié le Café-Restaurant La Traviata, sur la place de l’Opéra, je ne sais pas très bien pourquoi… Je crois que c’est en bonne partie à cause des réminiscences de son nom, musicales mais surtout italiennes comme les origines de Gilda ; et parce que j’ai pensé pendant un instant que je pourrais peut-être y situer une note en tu à la manière de celles qu’écrit des fois Gilda, qui raconterait l’histoire de l’extraordinaire photo d’Alibaba qu’Akynou nous a proposée comme deuxième partie de son Diptyque. Et parce que sa façade me plaisait.
Je suis allé donc prendre des photos autour de ma deuxième idée : un supermarché dans l’angle des rues Narváez et O’Donnell devant lequel passe une piste cyclable. Pour un texte issu du blog de Gilda, qui parle souvent de ses trajets en vélo à Paris, ça me paraissait assez bien. Sauf qu’en arrivant, j’ai vu qu’il y avait des travaux (les inévitables travaux de Madrid) devant le supermarché : qui chamboulaient celui-ci d’une certaine façon, c’est vrai, mais qui ne m’ont permis que de prendre des photos plutôt laides que je comptais utiliser de toute façon pour le Diptyque…
En rentrant chez moi, je me suis mis à regarder mes photos sur l’ordinateur et c’est alors que j’ai découvert avec surprise un détail qui m’était passé complètement inaperçu : devant La Traviata il y avait un chariot de supermarché que je n’avais pas vu le matin !!
Comment ne pas penser alors à Julio Cortázar, que j’ai lu frénétiquement dans ma jeunesse, et à son récit Les fils de la Vierge qu’Antonioni avait pris comme point de départ – ou plutôt comme idée centrale – de son film Blowup. Comment ne pas soupçonner qu’il s’agissait d’un chariot du supermarché de Gilda, qu’elle avait oublié autrefois entre deux allers-retours au conservatoire et que je retrouvais sur ma photo, au centre exact de ma photo.
Pas étonnant en tout cas de lire ensuite dans le blog de Gilda son billet de la veille, où elle racontait, entre autres, que ce dimanche 28 septembre, entre 17 et 19 heures, aura lieu une rencontre autour de Cortázar, où elle participera en lisant l’inoubliable Axolotl. Pas étonnant non plus que ça se déroule dans un café près de l’Opéra Bastille.
(Je suis retourné mercredi à La Traviata, mais le chariot n’y était plus. J’ai encore fait une petite recherche mais je n’ai toujours pas trouvé de supermarché tout proche. Je suis entré dans le petit café-restaurant, mais les nappes étaient blanches et non pas à carreaux vichy comme sur la photo d’Alibaba).
