C’est un jeu que j’avais lancé là

Ainsi dit Leeloolène : « Voici enfin ma participation au jeux d’Akynou. Le but du jeu était d’écrire un texte avec cinq titres de livres qui m’avaient été attribué. J’ai hérité de la liste d’Agaagla… et autant dire que j’ai vraiment galéré pour tous les placer !! Quel que soit le scénario que je commençais, il me restait toujours un titre sur les bras que je n’arrivais pas à intégrer !! Au final.. voici donc un récit plutôt autobiographique… »

La belle Hortense
Les Fleurs bleues
L’angoisse du roi Salomon
Si par une nuit d’hiver un voyageur
Sombres citrouilles

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D’aussi loin que je m’en souvienne la clé a toujours été accessible depuis l’extérieur. Juste sous la fenêtre des WC, il suffit de monter sur la grande dalle de pierre pour atteindre une petite trappe tenue par un loquet de bois. En tendant la main dans le vide, on tombe forcément sur le trousseau, celui qui ouvre la grande maison de pierre aux murs fissurés. Cela a toujours été ainsi dans cette famille de nomades, car si par une nuit d’hiver un voyageur venait à passer à l’improviste, il devait pouvoir entrer se mettre au chaud, au coin de la grande cheminée sans prévenir personne. C’était la symbolique de cet endroit… nous accueillir au détour de nos voyages. Elle était souvent fermée… mais au fond toujours ouverte !

Cette maison, ils l’avaient achetée à la naissance de la Belle Hortense. Parce qu’ils savaient que leur vie les amènerait à voyager aux quatre coins de la planète. Ils souhaitaient offrir à leurs enfants un endroit fixe pour qu’ils puissent y planter un peu leurs racines.

 

L’été, la neige laissait la place aux chaises longues. On accrochait les hamacs entre les arbres. On sortait les vieilles chaises dépareillées, la grande table en bois pour manger sous l’acacia. Les pots regorgeaient de fleurs qui survivaient malgré le peu d’entretien. Un hortensia avait même pris racine il y a quelques années. Un bout de bâton enfoncé dans la terre… Les feuilles étaient sorties au printemps et les fleurs bleues n’en finissaient plus d’égayer le devant de porte.

Dans le potager, par contre, plus rien ne poussait, seul le nom était resté pour nommer le petit jardin de derrière. Hortense se souvient encore de l’époque où elle allait y ramasser la rhubarbe et les framboises. Elle avait 7 ou 8 ans. Mais les voyages avaient eu raison des plantations. Au printemps peut être elle viendrait y semer quelques légumes, histoire de faire revivre ce lopin de terre. Des légumes qui n’ont besoin de personnes pour s’épanouir. Des cucurbitacées par exemple, même si leur souvenir est encore douloureux. La dernière fois où elle en avait ramassé dans ce jardin elle venait d’avoir 12 ans. Sombres citrouilles cette année là.

C’était début novembre… Il faisait tellement froid pour des enfants qui deux jours plus tôt courraient pieds nus dans la savane africaine. A cette époque, ils vivaient alors dans une contrée lointaine. La situation politique était instable depuis plusieurs mois. Ils savaient que tout pouvait basculer du jour au lendemain. La veille, ils avaient écouté le discours du chef de l’Etat. Si les rebelles entraient dans la ville, le chaos allait s’installer. L’angoisse du Roi Salomon n’avait pas été longue à devenir une triste réalité. Les opposants s’étaient emparé du pouvoir le lendemain matin. Pour protéger ses ressortissants, la France avait organisé un pont aérien pour les rapatrier. C’est évidemment dans la maison en haut de la montagne qu’ils s’étaient réfugiés. Perdus, déboussolés, ayant laissé derrière eux leur vie, leurs affaires, leur école, leurs livres, leurs amis… ils avaient trouvé là le réconfort que personne d’autre n’aurait pu leur apporter.

 

Alors, même si les murs n’ont jamais été droits, que l’on voit à travers les planchers et que la façade se fissure avec le temps, la vieille maison est devenu l’endroit où l’on s’échappe quand il s’agit de se ressourcer et de repartir du bon pied !

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Eh bien moi, je dis chapeau ! J’aime beaucoup ce texte. Pour sa qualité narrative bien sûr, mais sans doute aussi parce que ça doit toucher quelque chose de sensible en moi, cette histoire de chaos, de refuge… Et je témoigne, chez Leeloolène, le voyageur égaré trouve toujours un abri, NDLR

1. Le vendredi 25 juillet 2008, 23:49 par Agaagla

tu t’en es merveilleusement bien tirée ! et ton texte comme le dit Akynou, a quelque chose de profond qui résonne chez moi aussi… peut-être parce que les photos pourraient avoir été prises chez mes grands-parents ?

2. Le dimanche 27 juillet 2008, 15:19 par Gamace

C´est infiniment doux et melancolique a la fois, le chaos se tait devant ces murs peut-etre fissures mais investis de leur fonction de refuge. Lieu cache…

3. Le lundi 28 juillet 2008, 00:22 par Leeloolene

Merci Agaagla ! Je dois avouer que j’ai eu dans un premier temps beaucoup de mal à placer l’angoisse du roi salomon dans la première idée que j’avais eue (une belle endormie dans son jardin… qui se réveillait et dont le prince charmant était en fait une citrouille)… ensuite Sombres citrouilles dans celui-ci !

Gamace, c’est exactement cela que j’ai souhaité faire passer dans ce texte. Je suis bien heureuse de voir qu’il t’a plu !