Le diptyque 2.3. L’histoire de la photo d’Akynou par Oxygène
Quelle connerie la guerre…
Ils avaient profité du répit pour somnoler, emmitouflés dans leurs capotes sales et puantes. Le bombardement reprit. Dans le boyau, des infirmiers portaient un brancard couvert de terre et de sang. Ils tentaient de courir mais des obstacles sur leur chemin les faisaient trébucher et le blessé se tordait de douleur en gémissant.
Maintenant, les hommes du 15e, appuyés contre le talus de la tranchée, tiraient, attendant l’ordre de monter à l’assaut et de franchir le no man’s land. Marco attendait lui aussi.
Il s’était engagé au cours de l’été 1917, pour défendre la France. Quelques mois lui manquaient pour atteindre l’âge requis mais le sergent recruteur n’y prêta pas attention. On n’en était plus là.
Les adieux à la famille furent brefs et émus. L’oncle Giaccomo le serra dans ses bras en reniflant.
Ensemble, avec le cirque Ferrara, ils avaient sillonné l’Europe et même l’Algérie. Chaque jour, en matinée et en soirée, ils avaient présenté leur numéro de clowns musiciens et jamais le public ne leur avait manqué, qui hurlait de rire à la première note de musique.
Parfois, dans la casemate, Marco jouait de l’harmonica. Il n’avait pu caler sa trompette dans le paquetage et regrettait son absence. Il savait la faire frémir et c’était une satisfaction indicible.
Lorsque la balle traversa son cou, il sentit une brûlure. « Ce n’est pas grand-chose, pensa-t-il, sans doute une motte de terre ». Rapidement, ses jambes faiblirent et ses bras lâchèrent le Lebel. Le sang gicla de sa gorge. Il tomba.
Sa trompette étincelait sous le soleil de Bab el Oued, palpitante. Sur la place des Trois-Horloges, le petit clown au nez rouge annonçait la grande soirée de gala.
Mais pourquoi les pavés étaient-ils si froids ?
