Le diptyque 2.5. L’histoire de la photo du bébé d’Akynou par Samantdi
Faites des mères en 2087, oui…
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Je n’aurais jamais pensé que le cordon ombilical était si épais et si large… Mes yeux se fixent sur ce long tube nourricier qui relie mon fils à son père. Baltran est un peu fatigué, mais pas davantage que les jours où il bricole dur. Il attend pour couper le cordon, la sage-femme m’a demandé de le faire mais en voyant l’épaisseur du boyau, j’ai été un peu dégoûtée et j’ai préféré que Balt le fasse lui-même.
L’homme que j’aime me regarde tendrement. Je suis un peu stupéfaite en voyant le bébé, je ne peux pas dire que je me sente encore très concernée. A quel moment ressentirai-je cet instinct maternel dont les femmes parlent tant ?
J’ai eu beaucoup de chance de naître en 2061, c’est à peu près l’année de ma naissance que les hommes ont eu la possibilité de porter nos enfants et de les mettre au monde grâce à de nouvelles techniques sur lesquelles des chercheurs travaillaient depuis longtemps.
Quand j’ai rencontré Balt, j’ai tout de suite su qu’il serait l’homme de ma vie. J’aime sa façon de faire l’amour, ses gestes tendres et efficaces, nous avons les mêmes fantasmes et les mêmes désirs. Nous avons aussi les mêmes goûts, le même rythme de vie, les mêmes aspirations, nous portons le même regard sur les gens et le monde.
Pour l’enfant, nous n’avons pas hésité une seconde. Moi qui suis fragile et menue, je n’avais pas envie de porter un petit être qui allait prendre possession de moi, j’avais dans l’idée que cette vie allait me vampiriser, me vider de toute mon énergie. Ces craintes amusaient beaucoup Balt, du haut de son mètre quatre-vingt-dix et de ses cent kilos, il se sentait d’attaque pour héberger des quintuplés s’il le fallait. Et les mettre au monde lui semblait une épreuve facile à affronter alors qu’elle me semblait cauchemardesque.
Bien sûr, il s’est trouvé quelques esprits réactionnaires pour s’étonner de mon peu d’empressement, pour me mettre en garde contre des regrets futurs, pour suggérer que l’enfant serait bien plus attaché à son père qu’à moi…Tout ça m’est égal. On verra bien.
Ce soir, me voilà devenue maman. Quelle drôle d’idée ! C’est abstrait, irréel.
Balt, lui, est aux anges. Il regarde notre fils avec émerveillement.
Moi j’ai hâte de ne plus voir ce cordon ombilical. En attendant, je souris bravement : tout le monde me l’a dit, c’est le plus beau jour de ma vie.
