Diptyque 3.2. L’histoire de la photo d’Antoine par Shagoo

 

 « Les hommes avaient perdu le goût de vivre et se foutaient de tout… »

Ils sont passés. Comme une horde affamée à travers bois. Galvanisés, transfigurés, affreusement instinctifs. Des survivants. Moi, je n’irai pas plus loin. La bêtise humaine m’a fauché là, entre deux troncs. Je ne souffre plus, je crois. Juste ce grand froid qui me coule entre les épaules. Il faut que je n’y pense pas trop. Que je me garde en vie, encore, un peu.

Je regarde les arbres, noirs et si hauts. Je me souviens de tout. Les visages passent, immobiles. Je revois grand-mère Léontine, ses mains potelées, dans la lumière jaune du matin. Elle m’aurait versé un grand bol de café, bien chaud. Un oiseau passe entre deux cimes, disparaît dans l’épaisseur du feuillage. J’aimerais tellement le suivre… Mon œil s’enfle et se brouille. Mes doigts s’enfoncent dans la terre, humide.

J’ai peur