Diptyque 4.2. L’histoire de la photo d’Akynou par Oxygène

 

Dans sa jolie robe décolletée à bretelles transparentes, Maria Breziski arpente les rues pavées de Bolkow.

C’est le début de la canicule. Il fait si chaud qu’au centre de la place les petits enfants en culotte de coton s’aspergent d’eau et pataugent dans les ruisselets qui coulent vers le caniveau.

Sur ses talons hauts, Maria avance en balançant légèrement les hanches. Elle est joyeuse. Depuis le départ de Vladis, Maria chantonne, rit aux éclats et cligne des yeux pour un oui, pour un non.
Hier, elle a passé l’après-midi dans un grand magasin de meubles mais elle n’a rien acheté.
En l’absence de Vladis, elle n’ose engager de dépense. Non pas qu’il le lui ait interdit, mais elle se sent moralement responsable de son départ.

Maria n’est pas très fière d’elle-même en repensant à leur dernière scène de ménage.
Et quelle scène !

Pourtant, ni l’un ni l’autre n’avait bu plus que de coutume ce samedi là mais la hauteur de ses hurlements à elle avait ameuté tout l’immeuble et, pour une fois, les voisins, inquiets, étaient venus cogner à la porte.

Ils s’en étaient retournés, rassurés après avoir constaté qu’il n’y avait ni mort d’homme ni mort de femme.

La colère de Maria était retombée mais tout avait été dit : les enfants qui grandissaient et dont il fallait changer les chaussures tous les 3 mois, le loyer à payer, la voiture qui n’en pouvait plus et qui allait bientôt les laisser sur le carreau, le ras le bol de se mettre la ceinture à attendre les clients alors qu’en France les plombiers roulaient en grosse berline allemande et fumaient des cigares.

L’ultimatum était clair. Si Vladis ne faisait pas l’effort de partir travailler quelques semaines en France, malgré l’interdit de la religion catholique, elle divorcerait.

Alors, Vladis avait mis sa trousse à outils dans un petit sac de voyage. Il avait même emporté son casque de soudeur au cas où. A contre cœur, il avait pris le car pour Varsovie où un cousin camionneur l’attendait et le conduirait jusqu’à Paris.

Depuis, il lui téléphonait toutes les semaines et faisait le compte de l’argent gagné à réparer les tuyauteries, à déboucher les éviers et les cabinets, à changer les chauffe eau.

La veille, Maria lui avait trouvé la voix fatiguée. Sans doute travaillait-il trop.

Elle s’en était inquiétée mais lui, avait répondu que, par bonheur, il avait trouvé un hôtel bon marché mais confortable où il pouvait se reposer le soir.

Le cousin le ramènerait en Pologne dans trois jours.

Maria était heureuse.

Vladis, refusant de toucher à l’argent gagné pour se payer une chambre et las de chercher un carton, comme tous les soirs, s’était endormi sur le trottoir, la tête près de son casque de soudeur.