Le diptyque 2.3. L’histoire de la photo d’Akynou par Plume fantôme

 

Il faut bien que l’ours se marre

 

Décidément, les clowns ne sont pas gais…

Désolé, Augustine, mais j’ai compté.

Cinq ans, 360 jours par an, 4 séances de vingt minutes sur le parvis de Beaubourg. Ça fait 2 400 heures et 7 200 numéros.

A raison de deux tartes à la crème par numéro, à 300 grammes la tarte à la crème, ça fait quand même plus de deux tonnes que tu m’as balancées dans la gueule. A raison d’un seau d’eau glacée de 12 litres reçu à chaque fois, ça fait 86 tonnes. Si j’y ajoute 10 coups de pied au cul par numéro, pointure 53, mis bout à bout, ça totalise plus de 2 kilomètres et demi qui m’ont botté les fesses.
Tu me dirais qu’on a en gagné de l’argent comme ça : presque 8,6 tonnes en petite monnaie, en pièce de 10 et de 5 centimes et que ça nous a permis de manger et de vivre heureux, libre, pas bien mais dotés du plus grand trésor du monde : le rire des enfants.

C’est vrai. Mais il faut que je te dise la vérité, maintenant, on fait rire personne, jamais. L’argent que les gens jettent dans ton chapeau à la fin, c’est par pitié, parce qu’ils voient bien que le régime alimentaire à base de pâtes a déjà terni ta beauté, que tu devrais être une femme radieuse et épanouie et que tu es maigre comme un clou, qu’ils ont peur que tu tombes d’inanition, devant eux.
Ça te fait de la peine de voir que tu es pas douée pour le burlesque : toi la grande tragédienne, toi la surdouée de la tragédie qui, à 16 ans, brûlait déjà les planches de la Comédie française, toi qui as choisi volontairement de tourner le dos à tous les honneurs pour vivre une vie de bohème. Toi qui t’es trompée et toi qui déteste tant te tromper.

Ça te fait de la peine que je ne te l’ai pas dit avant ? Je voulais au moins réussir ce gag là, que les gens rient grâce à toi, une fois au moins, qu’ils pensent que tu es la meilleure. Alors j’ai changé le numéro. Pas grand chose, j’espère que tu m’en voudras pas, juste la chute : esquiver la tarte à crème finale me retourner et te donner un violent coup sur la nuque. Net, précis, avec le tranchant de la main, comme j’ai appris à l’armée, en cours de close-combat. Mort instantanée, t’es tombée sur le pavé légèrement, pas un seul bruit sourd, tu as encore la trompette dont tu jouais si mal à la main.

Les gens rient. Pour une fois, ils te trouvent bonne. J’en rajoute autant autant que je peux : « Elle est mourue. » Ils marchent, sont conquis, le chapeau se remplit comme jamais. Il payera tes obsèques, il y a mes aveux dedans aussi.

Tu voulais mourir en scène, comme Molière, c’est fait. T’as même pas craché de sang.
Moi, là, je vais me jeter dans la Seine.