Diptyque 5 – L’histoire de la photo de Tatou. La version de Shaggoo.

 

 

Mata Hari n’est plus ce qu’elle était…

 

Mata Hari n’est plus ce qu’elle était…

Engoncée dans son imper défraîchi, Marguerite presse le pas. Elle est en retard ce matin. Elle passe la grille hérissée de pointes sans lever la tête vers les statues de pierre. Elle se dit, en esquissant un signe de croix, qu’elle fait tout cela pour Albert et que seul Dieu disposera, en fin de compte, du salut de son âme…

Elle marche en fixant les bonnes intentions qui pavent les allées de Sainte Clotilde. « Cette brave dame a le profil idéal. Travailleuse, disciplinée et discrète, la cinquantaine fatiguée par les ménages. En place depuis six ans. Son fils est au chômage depuis trois ans. Cela devrait suffire… »

Cinquième rangée ; deuxième chaise côté mur, à la droite du chœur. Il fait très froid dans la basilique où résonnent déjà les pas des premiers curieux. Les autres doivent être là, quelque part. La place est libre. Marguerite s’assoie et prend la pause. Elle prie. Elle prie pour que personne ne la remarque. Discrètement, elle oublie son livre de messe sur la chaise voisine. Le microfilm aura passé la frontière avant la nuit. Encore une minute ou deux et elle pourra quitter l’endroit. Sans se retourner.

Elle passera chez sa buraliste, saluera sans doute quelques habitués au bar, achètera, pour son Georges de mari, un paquet de Gitanes sans filtre, regardera la jolie montre que lui a offerte Albert le mois dernier puis prendra, enfin, le chemin de l’ambassade…

Au jeu d’Akynou, je joue.