Diptyque 6 – L’histoire de la photo de Musicorso. La version d’Alecska.

 

« Quand j’ai vu la photo de départ, j’ai dit « glups, ca va pas être facile ». Mais en fait, la chute de mon histoire m’est apparue dans la seconde qui a suivi. Il ne me restait plus qu’à remplir le reste, le temps d’un sandwich. Les images me venaient à l’esprit, dans l’ordre inverse, je devais donc tout remettre à l’endroit. J’adore quand c’est facile, quand je n’ai qu’à laisser mes doigts pianoter sur le clavier…

Je sais que mon texte n’est pas très original, c’est du réchauffé, du déjà-vu. Je sais que je suis une intarissable naïve. En plus, il doit y avoir des tonnes d’erreurs de grammaire. Mais c’est pas grave »

 

J’ai débarqué sur cette plage il y a trente ans. Avec mes camarades, on nous avait enrôlés pour cette opération. Là d’où je viens, on ne pensait pas, on obéissait, donc j’étais en première ligne. A partir de notre poste avancé, nous observions nos ennemis, leurs déplacements, leurs coutumes, leurs moyens de subsistance. Toute info était bonne à prendre pour les chefs qui établissaient le plan d’attaque.

Des chercheurs avaient déjà passés plusieurs années à les étudier pour préparer le terrain.

Dotés d’armes toutes neuves, on nous a dit où aller et que faire à qui. Pas de questions, pas de quartier.

Le jour J, nous avons déferlé en masse, dix fois plus nombreux que la population locale qui ne s’attendait visiblement pas du tout à notre arrivée.

Détruire. Tout détruire. Tel était l’ordre. Au fur et à mesure que nous avancions, je regardais tous ces êtres sur lesquels nous marchions. La plupart fuyaient, hurlaient. Quelques uns restaient sur place terrorisés, les yeux écarquillés et la bouche grande ouverte.

Nous n’avons pas rencontré de résistance sur les premiers kilomètres. Quand nous avons vus leurs armes, j’ai su qu’ils ne tiendraient pas longtemps. Nous étions le feu et ils étaient la paille.

Plus je les regardais, plus je remarquais des comportements étranges, comme tenter de nous blesser avec un bout de bois, ou revenir chercher les blessés.

Là, je me suis dit que quelque chose ne tournait pas rond, dans ma tête. J’avais des interrogations. Par le passé, on m’avait souvent reproché d’être un peu trop curieux ou gaillard et j’avais fait tout mon possible pour me conformer à l’attitude générale, parce que je ne voulais pas être puni. Et surtout pas banni.

Je jetais alors un regard vers mes camarades, et je lus la même chose dans leurs yeux. Eux non plus ne comprenaient pas pourquoi des êtres aussi faibles et sans espoir s’accrochaient à leur existence. Et pourquoi nous avions ordre de les détruire.

Nous avancions toujours, mais de plus en plus lentement. Jusqu’à ce qu’une même pensée traverse notre esprit. Alors je me suis soudain arrêté, et tous les membres de mon bataillon aussi. Malgré les ordres qui nous vrillaient sous le crâne, notre cerveau refusa d’obéir. Nous en avions vu assez pour penser que la guerre n’était pas la seule façon de survivre dans l’univers. Que la vie, toute vie, méritait d’être vécue. Nous nous sommes retournés et nous avons fait front face aux camarades. Nous avons tenté de leur faire comprendre ce qui nous paraissait à présent comme évident. Certains nous ont rejoints. Beaucoup au début. Puis de moins en moins. Les chefs, après avoir ordonné et menacé, étaient passés à l’exécution des menaces.

Les camarades que nous avons dû alors affronter étaient des machines alimentées par la peur.
L’accalmie générée par notre revirement avait permis à ceux que nous attaquions d’armer leurs défenses. Quand ils comprirent qu’ils avaient des alliés parmi leurs ennemis, ils passèrent à l’offensive.

Nous furent assez surpris de voir leur avancé technologique, pour des gens qui n’étaient quasiment pas sortis de leurs frontières. Cela nous donna du courage, car nos armes nous avaient semblé plutôt inattaquables.

Leurs langage et leurs réactions étant finalement assez primitifs, nous avons pu commencer à communiquer et à nous organiser. L’attaque qui ne devait durer qu’une journée se prolongea pendant une semaine.

Ceux de mon peuple reculèrent, surpris par l’inattendu. Mais ils revinrent à la charge.

Leur nombre leur permettait de lutter face aux armes dévastatrices de mes nouveaux compagnons. Des camarades, libérés de la peur et soulevés par l’espoir, rejoignaient continuellement nos rangs.
Nos alliés eurent alors l’idée de faire passer certains d’entre nous pour des soldats fidèles rentrant ravitailler, munis d’une bombe suffisamment puissante pour détruire notre QG. Ce fut une réussite. Nous vîmes l’explosion illuminer le ciel sur des kilomètres ! Comme des marionnettes coupées de leurs fils, ceux de mon peuple cessèrent toute action. Plus aucun ordre ne leur parvenait, et, comme ils n’avaient pas appris à réfléchir, ils ne bougèrent plus.

Les Libérés conclurent un pacte scellant la fin des hostilités avec ceux de mon peuple qui les avaient aidés. Ils nous appelèrent les Fédérés et nous offrirent l’asile.

Tous les soldats de mon peuple qui avaient été belligérants furent déclarés prisonniers puis jugés et condamnés aux travaux forcés à vie.

Aujourd’hui, ils ne restent plus beaucoup d’entre nous. Je n’ai pas droit à la « retraite » comme ils disent, mais mon travail me plait. Je fais partie de leur peuple, même si je suis un citoyen de 2e niveau. Je suis désormais le gardien de cette plage. Je suis encore agile sur mes 8 pattes et mes 10 yeux n’ont rien perdu de leur acuité. Je surveille la propreté, je secours les baigneurs imprudents, je fais visiter le musée de la Guerre. C’est très symbolique pour moi, et important pour eux. La mémoire ne doit pas se perdre. Il faut toujours se souvenir que les Arachnides et les Humains ont un jour cesser de se battre, que des peuples très différents peuvent s’entendre et vivre sur une même planète.

1. Le jeudi 24 novembre 2005, 10:47 par Alecska

Arf, j’avais oublié d’y mettre un titre :p
Merci !