Un rappel pour ceux qui ont participé à la première saison, une découverte pour les nouveaux. A chaque session, je vous donne deux choses, un texte et une image.

Il s’agit

D’illustrer le texte au moyen d’une photo que vous prendrez spécialement pour l’occasion ou qui se trouve déjà dans votre photothèque, mais vous trouvez qu’elle colle parfaitement au texte proposé. Bien sûr, moi, je préfèrerais que cela soit une photo prise pour l’occasion. D’autant que vous avez une semaine pour la réaliser. Mais à l’impossible nul n’est tenu et donc, si ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave. Par contre, cela doit être absolument une photo prise par vous.

Exemple : je vous avais proposé d’illustrer un joli texte de Luciole

3. Dans un jardin publique. Il lui avait dit, rendez vous près de la fontaine de Diane. Elle y était et lui n’y était pas. Bien sur elle avait bien une demi heure d’avance. Comme elle détestait attendre, elle décida d’aller se promener pour faire passer le temps. Elle n’alla pas très loin et revenait vers le lieu de rendez vous toujours, comme une crainte qu’il ne bouge pendant son absence. Elle regarda sa montre, encore un quart d’heure, elle traversa la pelouse, décidée à s’assoir sur ce banc et à attendre patiemment, c’est alors que l’arrosage automatique se mit en marche. Il y avait bien marqué : « pelouse interdite » mais elle s’était dit… Elle n’avait pas pensé que c’est elle qui prenait des risques. Elle était trempée, pas simplement mouillée, non trempée. Les gens autour la regardait goguenards. Elle était là, dégoulinante, à l’attendre sur son banc. Sa nervosité montait à chaque seconde que sa montre égrenait avec lenteur. Elle frissonnait, manquait plus qu’elle s’enrhume. Elle le vit arriver de loin, du fond de l’allée du parc. Pendant qu’il approchait, elle s’aperçut qu’il était trempé mais d’un seul côté. Il pestait encore contre ce camion, qui avait roulé dans cette flaque comme un fait exprès pour l’arroser, il se dit qu’il ne ressemblait à rien. Il la vit de loin assise sur le banc, en s’approchant il s’aperçut qu’elle était totalement trempée. Ils se mirent à rire, nerveusement, un rire de soulagement aussi, il lui dit: « on y va… »

Ce texte a inspiré cette photo à Ali Baba.

2. De regarder la photo que je vous propose et d’inventer un texte, une petite nouvelle, un poème, un haiku, bref, ce que vous voulez. Mais le lien entre ce que vous écrirez et la photo proposée doit être évident. Le texte doit bien sûr être de votre cru. Il n’est pas exclu cependant que sur certaines photos, je n’impose pas un genre littéraire…

Exemple, dans la session 4, cette photo était proposée

Et cela m’avait inspiré une vieille histoire.

Vous pouvez participer au 1. ou au 2. ou au deux… vous n’êtes pas obligé de participer à toutes les sessions. L’important, c’est de prendre du plaisir.

Je posterai un diptyque chaque lundi. Vous aurez jusqu’au dimanche suivant (sauf avis contraire) pour donner votre participation. Toutes les sessions seront proposées sur ce blog.

Pour les photos, vous pouvez les poster chez vous et me donner un lien que je donnerai dans le message récapitulatif. Si vous avez un Flickr, vous pouvez les poster là bas et me donner l’url en mode small. Vous pouvez aussi me les envoyer par mail.

Pour les textes, pour ceux qui ont un blog, vous les postez chez vous et vous faites un trackback vers le post qui donne les sujets. Si vous n’avez pas de blog, vous me les envoyez par mail : akynou[arobase]nousautres.net

Il n’y a rien à gagner. Il s’agit juste de créer des moments de poésie avec des mots et des photos.

J’espère que vous allez vous amuser. Si vous avez besoin de renseignements complémentaires, les coments sont ouverts. Pour participer, c’est lundi et c’est ici

1. Le mercredi 17 mai 2006, 09:28 par Flo

La place
L’appartement était sens dessus dessous. La vaisselle sale jonchait le lavabo, la table était couverte de miettes, de journaux et de vêtements jetés pêle-mêle. Elle s’activait dans tous les sens, tentant de rentrer ses affaires dans une valise, en rejetant d’autres. Toute en effervescence, ses mouvements étaient saccadés, ses grands yeux gris remplis de larmes qu’elle essuyait de temps en temps. André était assis et la regardait pensif en jouant avec son briquet.
« Tu ne pourrais pas m’aider?
– À me quitter? Non!
– Imbécile! C’est terminé depuis longtemps entre nous!
– Tu vas faire quoi, là bas, Simone?
– Déjà, éviter de me faire prendre, parce que ça va pas être drôle ici, quand ils seront partis!
– Oui, mais là-bas…, tu sais qu’il est marié…
– Il quittera sa femme! Ce ne sera pas le premier!
– La ville doit être pas mal détruit, avec ce qui est passé comme avions ces derniers jours…
– Ben comme ça, avec un peu de chance, elle sera sous les décombres!
– Simone!
– J’ai pas le temps de discuter, la voiture est en bas. »
Fermant tant bien que mal son bagage, prenant un foulard, sans un regard, elle se jeta dans l’escalier. André se leva lourdement et la suivit.

La porte claqua sur l’homme qui s’engouffrait dans la voiture. Il balança son sac sur le siège à côté de lui et embraya. Les yeux tournés vers le rétroviseur, il vit Simone qui apparaissait sur le trottoir. Sa silhouette diminuait au fur et à mesure qu’il s’éloignait. Il passa la main dans ses cheveux, ajusta sa cravate et alluma une cigarette. Nerveusement, il accéléra. Les jerricans d’essence, en arrière, s’entrechoquèrent comme pour protester.

Simone posa sa valise. L’ombre du véhicule disparaissait petit à petit. Elle baissa la tête, les larmes se remirent à couler, ses épaules plièrent sous la souffrance de l’abandon. André, qui venait enfin de la rejoindre, l’entoura de ses bras et tenta de la redresser. Il l’obligea doucement à le suivre tandis que les sanglots la secouaient. Le couple remonta l’escalier. Simone butait à chaque marche. Une fois à l’abri dans l’appartement, elle s’effondra littéralement sur une chaise, le visage caché dans ses mains.

Les pavés ont enfin séché, comme ses joues. Il n’y a plus que le silence lugubre qui meuble la place, qui comble son cœur. Derrière son rideau, Simone suit des yeux une jeune femme à la valise rouge qui monte dans une voiture, embrasse le conducteur. Ils s’éloignent dans une joyeuse pétarade, continuer plus loin leur vie …