Diptyque 2.6. L’histoire de la photo d’Anideg, par Erin
C’est l’hymne à l’amour…
Matin calme de printemps. Elle se lève et regarde par la fenêtre. Le chat, lui, doit être là depuis le début du jour, comme chaque matin. Elle prend son temps en regardant la nature qui s’éveille aux rayons du soleil. Les gouttes de rosée que la fraîcheur de la nuit a déposées subliment les couleurs des roses rouges, la lumière rend les blanches de porcelaine. La toile d’araignée dans le mahonia brille comme une rivière de diamants. Des oiseaux s’ébattent dans le budleia, d’autres picorent le sol, puis s’envolent vivement. Les mésanges gazouillent et s’interpellent. Le chat remue les oreilles imperceptiblement. Et rien d’autre ne bouge chez le félin.
La femme est aussi immobile, mais ses pensées sont loin du spectacle du jardin, maintenant. Elle repense à cette nuit, lorsqu’il était là. Lorsque leur peau se touchaient, leurs souffles s’emmêlaient. Elle se rappelle leurs caresses tendres puis passionnées. Un long frisson de plaisir la parcoure alors.
Son regard se détache de la fenêtre qu’elle ne voyait plus et se pose sur le lit où le désordre des draps témoigne de leur amour. Elle s’en approche et s’y allonge, respirant l’odeur de l’absent sur son oreiller. Elle ferme les yeux et chavire. C’est un flot d’amour qui la submerge, un flot de plaisir rétrospectif. Ses yeux s’humidifient, puis quelques perles salées glissent silencieusement sur son visage. Elle ne les sent pas, tellement elle est perdue dans le souvenir de leurs étreintes nocturnes.
Elle sent alors son ventre se crisper, et une lame douloureuse lui remonte jusqu’à la tête. Elle tangue. Puis la douleur se fait à la fois physique et psychique. Elle la connaît bien, c’est comme une vieille amie. Pourtant elle la redoute, car chaque jour elle se fait plus forte.
Elle se recroqueville, s’enroule dans le drap, enfouie son visage dans l’oreiller et laisse son chagrin éclater. C’est ainsi après chacun de ses départs, lorsqu’elle renoue avec sa solitude. Le temps semble arrêter sa course, elle n’en a plus aucune notion. Son corps se crispe, les sanglots la secouent en de longs spasmes douloureux. Le manque est bien pire que d’habitude, sans doute parce que cette nuit fut leur première.
Et quelle nuit ! Elle force son esprit à se concentrer dessus. Elle veut ressentir de nouveau le bonheur de se blottir contre lui, une main sur son torse, sa hanche sous l’une des siennes. Et de nouveau la douleur la transperce. Elle sent le froid l’envahir. Elle sanglote de plus belle. Puis elle hoquète.
Du fond de son chagrin elle entend le chat miauler, mais elle n’ouvre pas les yeux. Elle ne veut pas voir le lit déserté par l’homme. Elle renifle et une odeur de fleurs lui parvient. Elle pense que la fenêtre ouverte lui envoie les effluves des rosiers buissons couverts de fleurs juste dessous.
Elle hume avidement, les yeux toujours fermés. Elle s’imagine les fleurs blanches, légèrement rosées de ses Pierres de Ronsard. Ces roses qu’elle aime tant. Tout à coup, elle sent une chaleur dans son dos. Elle se dit que le chat est venu la rejoindre.
« Je n’ai pas été trop long ma princesse ? »
Un sourire magnifique étire ses lèvres, son cœur s’emballe. Elle avait oublié qu’il ne la quitterait plus désormais. Depuis hier elle n’est plus seule, il habite ici.
