Diptyque 3.2. L’histoire de la photo d’Antoine par Leeloolène
« Je triche un peu, puisque j’avais publié ce texte il y a quelques mois. Mais n’étant bonne à rien en ce moment… et souhaitant quand même participer, je choisis une solution de facilité. Qu’Akynou ne m’en veuille pas J’ai préparé une photo pour le texte aussi ! Je posterai demain matin… »
Je me souviens c’était l’été 1995 dans la forêt gabonaise, je campais au fin fond de la forêt avec un groupe venus de France pour un séjour scientifique. Je faisais tente-partagée avec une fille qui est très vite devenue une amie très importante. J’avais déjà raconté il y a longtemps que nous gardions les crocodiles ensemble la nuit. Ah ben oui… quand on vit dans ce genre de pays on a des occupations un peu particulières !
Un matin, nous nous étions levées très tôt, avec le soleil, vers 5 ou 6 heures. Nous avions enfreint le règlement et étions parties seules pour observer les singes dans les arbres. C’était la meilleure heure pour les voir et être vraiment seule à seule avec eux.
De toute façon, nous rentrerions bien avant que tout le monde se réveille… personne ne remarquerait rien… et à 15 ans, l’esprit d’aventure prévaut largement sur le bon sens !
Nous voilà parties armées de… rien.
Nous commençons à nous enfoncer dans la forêt… avec des arbres de plusieurs dizaines de mètres de haut, des lianes, des feuilles gigantesques, des bébêtes potentiellement dangereuses et mortelles (des serpents, des araignées). Oh… à vrai dire nous étions plus que téméraires et les pythons, mygales, vipères et autres, ne nous faisaient vraiment pas peur ! (j’ai plus peur d’un chat que d’un serpent… c’est vous dire !)
Il ne s’agit évidemment pas d’okoumés
mais la grandeur des arbres est bien rendue
Nous nous asseyons pour regarder un groupe de quelques mandrills, puis une famille de colobes. On les suit, nous sommes tellement contentes de tomber sur autant de bestioles ! On les suit. On les appelle. On les suit. On les suit…
Et évidemment nous nous rendons vite compte que nous sommes paumées ! Au milieu de la forêt… pas très malin !
« Le plus simple est de suivre la lumière pour rejoindre la plage », dis-je fière et sûre de moi ! Au milieu de la forêt et des feuilles, le soleil ne réussit pas à transpercer les okoumés géants… une lumière plus forte est donc signe que les arbres sont plus bas, donc plus proches de la plage.
Nous suivons la lumière, tournons en rond plusieurs fois… commençons à réaliser que le « camp » doit être entrain de se réveiller… et qu’ils vont s’inquiéter.
Les bruits de singes au loin nous rassurent, les insectes croassent, piaillent et je ne sais quoi encore… tout est normal. Puis ma copine m’arrête. Elle me dit « tu n’as pas entendu ? »… Euh ??? Non quoi ?? « Les éléphants ? » Mais non, tu sais bien que les éléphants ne font pas de bruit en forêt !
Je me rassure avec cette vérité toute relative… Personne mieux qu’elle ne sait reconnaître les bruits de forêt. Si elle a entendu des éléphants, c’est bien qu’ils ne sont pas loin.
Perdues et avec potentiellement des éléphants dans les parages… qui auraient tôt fait de nous courser.
La lumière devient de plus en plus claire… j’en suis certaine, la plage n’est pas loin. Il nous suffira de la longer (dans le bon sens) pour retrouver le campement.
Et effectivement au bout de quelques looooongues minutes, nous nous retrouvons les pieds dans le sable, face… à… un groupe d’éléphants. Nous sommes tellement contentes d’avoir retrouvé notre chemin… et de tomber sur tous ces éléphants qui viennent faire bronzette sur la plage !
Je n’ai strictement aucun souvenir du moment où nous sommes rentrées au camp… Ma copine confirmera quand elle lira ce billet… Je pense que nous avions perdu la notion du temps et que finalement notre escapade n’avait pas été si longue. Et que personne n’en sut jamais rien (ou du moins pas avant quelques semaines ou mois).
[Edit (qui a son importance)] : Après discussion avec la copine en question… quelques petites précisions. Tout d’abord, après mon ingénieuse idée de la lumière qui montre la clairière et donc notre chemin, elle a eu une idée encore plus ingénieuse à savoir celle de monter sur un arbre pour voir au loin. Non, elle n’est pas monté sur un okoumé de 50 mètres de haut… je vous rassure ! Mais, telle « Anne, ma soeur Anne, ne vois tu rien venir », elle nous a guidées du haut de son perchoir ! Et pour le retour au campement… eh bien nous sommes en fait revenues bien après 9 heures et le petit déjeuner de tout le monde… mais en faisant « comme si de rien n’était » !
