C’est un jeu que j’avais lancé là

Laurelin n’a pas de blog, mais elle devrait, parce qu’il semble, à lire son texte, qu’elle a plein de jolies choses à raconter. Elle dépasse largement les 3000 signes, mais le thème en valait la peine et puis elle ne savait pas calibrer…

La liste qui lui fut attribuée était la suivante :

La maison et le monde
Jasmine
Sous un ciel de marbre
Quatuor
Où irons-nous cet été ?

bien sûr, tout y est.

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Les vacances familiales, papa, maman et moi, c’est terminé. Chacun vaque à ses occupations, d’ailleurs, il n’y a plus tellement de famille. Partir seule, c’est bien, mais quand on peut apporter quelque chose aux autres c’est mieux. C’est ainsi que cette année, je me suis associée au projet « A chacun son Cervin ». Plus de questions tortueuses pour les vacances, en soupirant devant les catalogues alléchants « où irons-nous cet été ? ». Les dés sont jetés, j’accompagnerai le groupe d’enfants du service d’oncologie pédiatrique de l’hôpital Saint Luc de Bruxelles, dans les Alpes, à Zermatt, au pied du Cervin.

Nos six adolescents nous attendent avec leur famille sur le parvis de l’hôpital, fébriles, mais heureux de quitter la coupe familiale, si protectrice qu’elle en devient étouffante. Oui, mais voilà, avoir un cancer, l’affronter, en guérir, tout en gardant ses yeux d’enfants, c’est difficile. Alors nous sommes là, équipe de choc du projet, un quatuor toujours prêt à les soutenir, les encourager, les rassurer, dans le défi de gravir un sommet à 4 000 mètres d’altitude. C’est qu’il ne s’agit pas uniquement de prendre l’air frais et revigorant des montagnes, il faut s’entrainer, acquérir un peu plus d’endurance, pour affronter une montagne dont l’air est appauvrit de 30 % en oxygène. C’est un objectif un peu fou, pour leur redonner confiance en eux, pour leur montrer qu’ils sont guéris, pas seulement dans le corps, mais aussi dans la tête. Alors, nous les emmenons relever des défis personnels pour que dans la vie, leur cancer ne soit qu’un mauvais rêve.

Le séjour a commencé sur les chapeaux de roue, balade de trois heures, le matin, dans les montagnes environnantes et escalade l’après midi. Les beaux jours se succédaient, avec des orages le soir, mais qu’importe, nous étions tellement épuisés que nous ne les entendions plus. Chaque jour une découverte fantastique de ce monde à 3000 mètres d’altitude. De bon train, départ à 7h30 nous allions découvrir un nouveau versant de montagne qui nous entourait. Chaque jour, un sommet de plus en plus haut, qui nous laisse admirer ceux qui nous entoure, dans ce silence particulier de la montagne, ou rien n’est vraiment silencieux, il suffit d’écouter pour entendre le murmure d’un ruisseau, les sifflements des marmottes, le cri perçant d’un aigle qui chasse, les cloches des moutons qui passent. Quand un matin, sous un ciel de marbre, nous avons dû affronter notre randonnée quotidienne : 1 300 mètres de dénivelé avec un vent froid et une arrivée au sommet sous la pluie, le vent et presque la neige d’ailleurs. Un véritable calvaire, nous avons résumé ça à une tempête, les guides étaient fiers de nous.

Les mauvais jours se sont faits rares. Nous avons pu monter notre sommet : le Breithorn, sous un soleil resplendissant, malgré le vent qui levait la dernière neige posée la veille. Les vagues de flocons formaient des drapés de neige, on aurait pu se croire dans un conte, une féérie d’altitude, où l’on imaginerait Jasmine s’envolant sur un tapis de neige. L’ascension fut longue et difficile. Chacun avec ses moyens a franchi les mètres, pas à pas, lent, sûr et décidé d’arriver en haut, pour sentir la victoire remplir ses poumons et sa fierté. Et pouvoir regarder de tout là haut, notre chalet, notre maison et le monde qui s’étire autour et se défile dans cette étroite vallée du Valais encadrée par des pics enneigés culminants à plus de 4 000 mètres pour la plupart, donc le point culminant est le Cervin.

Unis par la cordée, par l’effort et par l’amitié de ce groupe particulier, nous avons vaincu, ensemble, plus qu’une montagne. Nous avons vaincu la maladie, cette fatalité qui s’accroche et qui colle à la peau, sans que l’on arrive à s’en défaire.

 

1. Le mercredi 23 juillet 2008, 00:12 par Laurelin

Merci Akynou :)