Diptyque 4.2. L’histoire de la photo d’Akynou par Luciole

Je me suis réveillée ce matin, parce que j’ai senti l’absence. Ou est il ? Je sais, ce n’est pas la première fois qu’il disparaît. Mais mon cœur ne peut s’empêcher de battre sa panique, et si …

Ils sont tous là à me dire, lâche-le. Ils sont tous là à me dire, c’est un boulet, il t’empêche d’avancer. Et ils ont raison. N’empêche, je n’ai peut-être pas envie d’avancer sans lui. J’ai mis tant de temps à le trouver la première fois. Je ne peux pas me résigner à le voir disparaître encore.

J’ai recommencé l’éternel parcours de coups de téléphone, police, hôpitaux, refuge. Sans avoir bu mon café je me suis habillée, j’ai pris mes clés, seulement mes clés et un peu d’argent au cas ou et j’étais décidé à battre le pavé parisien, écumer ses anciennes planques quand mon fils m’a appelé : « Maman viens voir, y a papi qui roupille ! »

Où ? il était là et je ne m’en étais pas aperçu ? J’ai couru à l’autre bout de l’appartement, mon fils était sur le balcon de ma chambre, il regardait en bas. C’est là que je l’ai vu. Il avait dormi là, sur le trottoir, sous ma fenêtre. Je sais que beaucoup diront que ce n’est qu’un vieil ivrogne qui n’a même pas eu la force de monter, mais moi je sais qu’il n’a pas osé, qu’il s’est posté là pour veiller sur moi, comme s’il fallait qu’on lui passe sur le corps pour m’atteindre. Sinon, il se serait caché dans un coin comme font tous les vagabonds.

Papa est un drôle de bonhomme, et ce n’est pas parce que lui m’a abandonné il y a longtemps, que moi je dois l’abandonner aujourd’hui. Quoi qu’ils en disent tous, c’est mon papa. Je suis descendue le plus vite possible, mais arrivée en bas il avait disparu. Il avait laissé son sac, avec quelques vêtements, son trésor. Il reviendra, vous pouvez dire ce que vous voulez, je sais qu’il reviendra. Je suis dépositaire de sa seule richesse, c’est à moi qu’il l’a confiée. J’ai emporté son sac au trésor à la maison. Je l’ai posé dans l’entrée, si un jour il passe ma porte, il le verra tout de suite. Mon fils m’a dit que papy lui avait fait signe de regarder dans le sac. Nous l’avons fait tous les deux, il y avait deux croissants, une fortune pour lui, le plus beau des cadeaux pour moi. Quand je vous dit qu’il nous aime… Et dire que vous ne me croyez pas …