Diptyque 4.2. L’histoire de la photo de Ali Baba par Laurelin

Cet été là, j’étais en vacances chez mes arrières grands-parents. Comme pour la plupart des vacances scolaires, ma maman et moi descendions sur la côte d’Azur. Autant profiter de ces grands-parents issus d’un autre temps, où la douceur et l’amour rayonnaient d’eux, comme le soleil réchauffe confortablement les après midis de printemps. Nous quittions la région parisienne, grise et terne pour passer une nuit dans un T2 du train de 21h20. On débarquait au petit matin à la gare de Cannes. Le soleil était là pour nous saluer, et l’air marin des vacances emplissait nos narines. Nous décollions de la gare dans une petite Fiat 500 jaune moutarde que pilotait mon grand-père. Il était là depuis 45minutes à faire les 100 pas sur le quai, et des fois que le train aie une minute de retard, on l’entendait rouspéter après la compagnie des trains.

Grand –père pilotais donc sa savonnette dans les rues serrées de Cannes et rivalisait de vitesse avec les grosses voitures sur la portion rapide qui nous menait jusqu’à La Bocca. C’est qu’elle n’avait pas peur la savonnette !

Après un arrêt à la boulangerie, nous reprenions notre course folle à travers les petites rues de la ville (je n’ai jamais été persuadée par les raccourcis de mon grand-père) pour la terminer en haut du raidillon qui nous menait à la cité de Bel Azur. Un stationnement en dérapage (ou presque) et nous nous extrayions de la petite boite jaune avec tous nos bagages. On s’engouffrait dans le hall d’entrée de l’immeuble où l’odeur du café chaud nous annonçait que le petit déjeuner était prêt.

Grand-père tournait la clef lentement dans la serrure, surveillant du coin de l’œil notre impatience, puis d’un geste théâtral, il ouvrait la porte nous invitant à investir les lieux. On lâchait nos bagages pour se précipiter au cou de mamie qui s’était affairée autour d’une table de petit déjeuner parfaite. Il ne manquait rien : le gros bouquet de mimosa et quelques fleurs des champs trônait en plein centre, entouré de pots de confitures variées, de croissants fraichement acheté pendant notre course folle, de pain frais, du chocolat chaud, du café, de quoi rassasier nos appétits féroces. Le tout décoré avec goût, mamie ne manquait jamais d’accorder sa nappe a ses fleurs et aux serviettes. Elle sortait régulièrement cette nappe à carreaux rouges, qui rehaussait la couleur de son bouquet. Car les fleurs, c’était sa passion, son rêve, son évasion.